La vie au village
du XVIème au XVIIIème siècle

 

La vie administrative :

Seigneurs et manants - Maires et habitants.

A notre époque, la période des élections municipales est souvent l'occasion de remettre à l'esprit de chacun le rôle des maires.
Nous avons vu dans le chapitre consacré au Moyen Age, que la fonction de maire n'a pas toujours existé. Depuis sa création, elle a beaucoup évolué.
Avant la Révolution, dans nos villages, on ne connaissait que la paroisse dont les habitants (ou manants dans le langage ancien) furent à la fois protégés, soumis, dépendant du seigneur du lieu ou de la châtellenie voisine.
C'est le seigneur qui, pour des raisons administratives, mit en place le mayeur (ancien nom du maire) à des dates que l'on ne peut définir avec certitude.
De toutes les relations des seigneurs entre-eux, des seigneurs et maires, mais surtout des relations entre les habitants et les maires ou les autorités supérieures de l'époque ; seules les traces les plus marquées sont restées jusqu'au début de XVIIIème siècle... comme le fameux traité de 1340 que l'on a découvert aux archives, impliquant seigneurs, maires et échevins dans Loisey et dans divers villages aux alentours...
Les faits relevés dans notre village sont rares... Les maires cités ne sont pour nous que des noms.
Il faudra attendre 1703 pour savoir que la communauté de Loisey prend fait et cause pour Jean Poisson et Nicolas Mathelin, contre une sentence rendue par la Prévôté de Pierrefitte, au sujet du tutorat des enfants mineurs de Dominique Henrion, ainsi que contre d'autres griefs à l'encontre des accusés.
Dans cette affaire, la Prévôté était représentée par Jean Heyblot, écuyer et procureur du Roy (on parle bien sûr ici du Duc de Lorraine), qui verse le 27 octobre 1709, aux syndics de Loisey "400 livres en or et argent payés, comptés, nombrés en présence de notaires".
Cette somme fait partie des 841 livres que l'arrêt du Parlement de Paris a sommé à Heyblot de payer...
La communauté des habitants a donc gagné contre l'administration... Dans cette procédure, on parle de syndics... que l'on pourrait aisément comparer avec un conseil municipal actuel.

Un grand bond dans le temps nous apprend ce qu'était le fait d'être maire au XVIIIème (et vraisemblablement au XVIIème siècle) :
Le dénombrement de la châtellenie de Pierrefitte (c'est à dire l'état détaillé des biens que le seigneur possède et qu'il envoie à l'administration), et qui a été établi le 8 octobre 1772, nous dit que :
"Il y a mayeur qui s'établit de trois ans en trois ans.
La charge de mayeur est mise à ferme (louée) au plus offrant et dernier enchérisseur, mais néanmoins à des gens de bien et de bonne vie, pour le profit et l'augmentation du domaine de la seigneurie."
Il prête serment devant le Prêvot de Pierrefitte qui se trouve à ce moment là en exercice... "Et font les dits mayeurs recette des menues rentes de leurs dites mairie, et rendent compte aux receveurs pour chaque an."
La charge de greffier dans chaque village (que l'on peut bien entendu comparer avec nos actuels secrétaires de mairie), est également attribuée au plus offrant. Il prête serment lui aussi.

Voici quelques rentes (ou impôts) collectées par le mayeur en 1772 :
A Loisey : Un impôt de 30 Francs et un gros (une fraction du Franc barrois) à la Saint-Rémy, par conduit (par ménage) pour la taille.
Une poule à la Saint-Rémy, et un setier (une ancienne mesure de volume pour les grains) d'avoine à la Saint-André.
A Culey : Pour le four banal, quatre Francs et huit gros par ménage ; deux Francs et quatre gros par 1/2 conduit (personne seule).
Un impôt de 19 Francs et 8 gros à la Saint-Rémy par ménage.
Douze gros pour la location du bois appelé "Côte Varin" par ménage.
Dix deniers à la fête des "Saints-Innocents" pour l'ascensement des accrues (la location des extensions naturelles et sauvages de la forêt).

D'autres sources de revenus sont également collectées par d'autres autorités, mais le maire a déjà bien des soucis. Qu'on en juge :
Ce sont en fait trois seigneurs qui se partagent la châtellenie de Pierrefitte et à qui il va falloir successivement rendre des comptes :
- Le Duc de Lorraine (que l'on appelle souvent le Roy).
- Le Marquis du Châtelet.
- Le Comte de Franquemont.

La répartition de la châtellenie est devenue complexe à la suite de ventes, d'achats, ou de mariages...
Le Duc de Lorraine en possède 1/4 + 1/8ème + 1/30ème, soit 49/120ème en tout.
Le Marquis du Châtelet : la moitié + 1/12ème de l'autre moitié, soit 65/120ème.
Le Comte de Franquemont : 1/20ème, soit 6/120ème du tout.
C'est simple... non... ?
Cette situation avait été formalisée par un arrêté du Parlement de Paris en 1613. Elle perdurera jusqu'à la Révolution malgré la domination de la France sur la Lorraine de 1648, là ou l'administration française se mettra progressivement en place... Mais elle laissera subsister cette particularité...

Ces trois seigneurs se partageaient donc les droits à proportion de leurs possessions en suivant ce que l'on appellait la "coutume".
Avant le XVIème siècle, le Barrois était régi par la coutume de Sens, ce qui nous rattachait plus à la France qu'à la Lorraine, et cette coutume correspondait en gros à nos codes civil et pénal actuels confondus.
Chacun des trois seigneurs pouvait également établir ses propres "officiers" : prévôt, gruyer, procureur fiscal, contrôleur, greffier, maire, arpenteur-juré, sergent, etc..., lesquels font les exercices de leurs charges pendant le temps et à proportion de ce que chaque comparsonnier (seigneur co-propriétaire) possède.
Cette période de responsabilité est calculée sur un cycle de quatre ans, ce qui donne ceci :
- Les officier du Roy (Duc de Lorraine) exercent leur charge pendant 19 mois et 19 jours.
- Les officiers du Marquis du Châtelet pendant 26 mois.
- Les officiers du Compte de Franquemont pendant 2 mois et 11 jours.
Par entente mutuelle, le même officier peut tenir son rôle au nom de l'un et ensuite de l'autre. Il précise au nom de qui il exerce.
Par analogie, le maire peut opérer de la même manière, et l'on peut lire "Maire royal" lorsqu'il perçoit les revenus qui sont dus au Roy.
C'est ainsi que sera nommé Pierre Varin, "Mayre royal" à Loisey dans les années 1770.

La Révolution va bouleverser de fond en comble l'administration en place.

 

L'administration révolutionnaire.

Le 26 janvier 1790, deux officiers municipaux sont élus dans chaque communauté de Loisey et Culey par les "citoyens actifs" (hommes adultes). Peut-on les considérer comme les vrais ancêtres des maires et adjoints actuels ?
Il y a 180 citoyens actifs à Loisey, et 99 à Culey. Bien que l'on utilise parfois le titre de maire, les appellations seront souvent modifiées.
Les mêmes citoyens actifs, sur convocation au prône (annonce faite à la messe) du 16 mai 1790, forment deux assemblées primaires dans notre région :

La première assemblée primaire rassemble les citoyens actifs des villages de Loisey, Géry, Resson, Culey, Salmagne. Ils s'assemblent dans l'église de Loisey.
La deuxième assemblée primaire rassemble les citoyens actifs de Longeville, Savonnières, Silmont, Tannois, Guerpont, Tronville. Ils s'assemblent dans l'église de Longeville.
Sont citoyens actifs les hommes majeurs payant une contribution supérieure à trois jours de travail...
A Loisey, il y a 16 citoyens qui se retrouvent inéligibles... Il y en a 7 à Culey... Est-ce lié à des raisons d'imposition ? On ne sait pas !
Les deux assemblées primaires éliront chacune sept représentants. Ceux-ci, à leur tour, éliront les députés et administrateurs du département et du district (futur arrondissement).

Les élections dureront cinq jours pleins à l'intérieur de l'église de Loisey, du 17 au 21 mai, et de 7h du matin à 8h du soir.
Le nombre des électeurs variera de 390 à 552. Quel brouhaha dans le village et dans l'église !
Chaque communauté est présidée par son doyen d'âge. A Culey, c'est l'abbé Joseph Major le curé ; mais à Loisey, il n'est pas cité.
On est obligé d'improviser pour tout : les listes d'appel, d'émargement, la constitution des bureaux de vote, etc...
C'est un moment crucial dans la transformation qui commence : la première notion du canton, du district, du département... Il y a également la première apparition du suffrage censitaire (basé sur le montant des impôts).

A Loisey en janvier 1791, c'est M. Longeville (M. de Longeville qui a perdu "provisoirement" sa particule) qui recueille le serment constitutionnel du curé du village.
M. Nicolas Gaudry de Culey fait de même à la même date pour son curé. On cite pour chacun le titre de maire !
En février 1792, M. Morel est cité maire de Loisey, et M. Gaudry l'est à Culey, mais d'anciens usages subsistent :
Les municipalités reçoivent du courrier officiel à faire lire à l'issue de la messe, une habitude multiséculaire !
Les baptêmes, mariages, enterrements faisaient l'objet de cérémonies religieuses enregistrées par écrit et par le curé de la paroisse depuis environ 1650.
Le 23 octobre 1792, le curé de Culey s'en désiste et le note au profit de la municipalité représentée par G. Varin (apparemment non apparenté aux Varin de Loisey).
Ainsi est créé l'état-civil qui existe encore actuellement.

Puis la Révolution s'accélère, s'exaspère, et devient la Terreur... 1793 et 1794 sont des années de turbulence en tous genres, même dans les expressions :
On trouve les appellations de syndic, de président de la commune, d'agent de la municipalité, d'adjoint.
Aux nouvelles et toutes jeunes administrations, se superpose des comités politiques (comité révolutionnaire, comité de surveillance).
Ainsi le 13 janvier 1794, une lettre de pétition demande que l'élection de la municipalité de Loisey, faite par le comité de surveillance, soit déclarée nulle...
En 1795 sera créée l'administration municipale du canton de Loisey.
Le tout amènera dilution, superposition, et... occultation des responsabilités :
Pour citer le cas le plus important ; on ne sait pas qui est responsable de la vague de dénonciations à Loisey, en juin 1793, alors que rien de tel ne se produit dans les villages voisins !

A l'administration municipale du canton de 1795 à laquelle participent d'office les agents et adjoints de chaque commune, les refus de siéger sont nombreux, en particulier pour l'agent et l'adjoint de Loisey. Un refus de siéger réitéré en 1796...
En 1797, c'est François Aubry, l'agent municipal de Loisey , qui refuse toujours de siéger.
L'émeute fomentée à Loisey pour libérer l'abbé Vast ayant fait des dégats, ce sont les vingt contribuables les plus fortunés du village qui sont imposés pour "payer les pots cassés" !
Mais ils refusent et se rassemblent, pour protester, devant la maison de l'élu.
Le refus de siéger n'est pas prévu par la loi. L'administration cantonale écrit donc que l'ordre est troublé, qu'il y a brigandage.
Sur une liste de "patriotes éclairés", le ministre nomme provisoirement M. Ponse Ponsin à la fonction d'agent municipal. Il est en plus garde forestier, sergent-major à la Garde Nationale et... apparenté à Jean Gaillet, secrétaire et animateur principal de l'administration du canton !

A Culey, les choses sont plus claires, l'agent municipal fait son travail : Il dénonce même les 23 personnes qui travaillent le jour de la fête de la fondation de la République ! L'agent se nomme François Petitjean, l'adjoint Jean Lequeux.
A leur décharge, on peut préciser qu'ils se sont fait copieusement insulter un mois plus tôt, par un certain Pierre Robert, un vigneron qui avait exité une bonne partie de la population contre ses élus...

Dès le début de la Révolution, la fonction de maire (quelle que soit son appellation) aura perdu définitivement le caractère d'une charge achetée, d'une source de revenus. Il ne reste que l'honneur d'être le premier magistrat avec les responsabilités et les soucis... que les administrés ne lui ménagent pas !

Bernard Thomas.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Président de l'Administration Municipale

Un Président de l'Administration Municipale
(Période révolutionnaire)
Labrousse, L. , Graveur
Musée Carnavalet, Histoire de Paris G.34470
CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet
Licence Creative Commons Zero - Paris Musées

 

Un notable du village au début du XVIIIe siècle : Jean BROUILLY


 

Jean Brouilly de Loisey

Portrait de Jean BROUILLY de LOISEY
(Photo prise aux archives du musée barrois de Bar-le-Duc par M. Bernard Thomas)
Artiste inconnu - 1742.

Jean BROUILLY était à l'origine lieutenant de cavalerie. Il fut anobli pour fait de guerre par CHARLES IV de LORRAINE. Il demeurait donc à Loisey ou il vint se retirer ensuite.
C'était une figure notable du village à l'époque, et il était grand ami de la famille Du Châtelet qui possédait un château à Loisey.
Il eu ainsi le privilège d'être enterré dans l'église de Loisey le 10 septembre 1752 parmi d'autres membres de la famille du Châtelet et des prêtres du village.

Extrait du "Nobiliaire ou armorial général de la Lorraine et du Barrois - Ambroise Pelletier - 1758" (reg. 1726, f°33) :

Broüilly (Jean), demeurant à Loisey, fut anobli par lettres données à Lunéville le 8 juillet 1726.
Contenant : "Qu'il est fils de Nicolas Broüilly, lequel après avoir servi pendant plusieurs années dans les troupes de Charles IV, et avoir essuyé la perte de la plus grande partie de ses biens, ayant eu plusieurs maisons pillées et incendiées par les troupes ennemies, fut contraint de se retirer au dit Loisey."

Ses armes : Porte de gueules, au lion d'argent allumé et couronné d'or.
Et pour cimier : le lion de l'écu hissant.

 

 


 

 

 

 

 

 

 
 

La vie économique.

Recomposer l'histoire de la vie agricole, viticole, et artisanale de notre village durant les siècles ayant précédé la Révolution n'est pas chose aisée. L'histoire ne retient souvent que les faits les plus marquants qui entravent la vie douce et calme de notre village de vignerons tel qu'il était depuis fort longtemps... comme les aléas du temps ou de la météo par exemple.
Voici donc quelques anecdotes recueillies dans notre village et notre voisinage. Elles sont sans lien entre elles, sinon qu'elles font parties, elles aussi, de notre histoire :

A la fin du XIXème siècle, un chercheur a recopié les éléments les plus saillants notés dans les registres d'une famille de vignerons de Bar-le-Duc, pendant plus d'un siècle : de 1539 à 1650.
Dans ce négoce, le climat avait certainement une importance que nous avons maintenant relativisée ; s'y ajoutaient, bien sûr, d'autres événement marquants. Ouvrons le registre :
En 1539, l'abondance des récoltes amène la chute des cours du vin. La queue (contenance d'un tonneau d'environ 290 litres) ne vaut plus que 2 Francs barrois. En 1545, elle vaut 6 Francs et avant la fin de l'année, 30 Francs.
Puis voici des années de gel : Neige et gelée en avril 1573. Froid à Pâques, Quasimodo et mai 1576. Des vignes gelées deux ans plus tard.
En 1581, les fortes gelées des 2 et 3 octobre obligent à se servir des tendelins (sorte de petit tonneau) pour le transport des grappes : on ne pouvait pas utiliser les hottes. "Néanmoins, le vin fut fort bon".
Trois ans plus tard, on subit de grandes chaleurs dans les premières semaines de mai et l'abondance des vendanges fait chuter le prix du vin.
Puis suivent les années noires : en 1587, "la campagne est toute couverte de gens de guerre". De ce fait, le coût de la vie augmente : en novembre, le vin vieux vaut 140 Francs la queue, le nouveau 70 F, et il en vaut 160 F en décembre...
Les gens crient famine. La peste règne à Bar en 1588 - 1590.
Les difficultés de vie sont grandes : il y a des taxes sur les moulins, le vin, la bière, les animaux de boucherie.
En 1594, les vignes gèlent. L'année suivante, il y a un pied et demi de neige les 17, 18, et 19 avril...du jamais vu... Bêtes et gens meurent de faim.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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