Loisey,
du Moyen Âge
à la construction de son château

Une période mal connue.

Faute de documents probants et suffisamment précis, une vaste période couvrant et dépassant même le Moyen Âge (plus de dix siècles en tout) ne nous permet pas de dévoiler la chronologie exacte de l'histoire de Loisey et la vie de ses habitants, pour cette époque traitée tout au moins.
De la naissance de notre village (se situant pendant l'Antiquité ou le Haut Moyen Âge), jusqu'à la décision prise par Louis-Jules du Châtelet de construire un château à la fin de la guerre de Trente Ans (vers 1640) ; on ne retiendra que les narrations de quelques évènements sporadiques mentionnés dans quelques trés rares archives retrouvées, accompagnées de quelques articles rédigés par certains érudits locaux tel le remarquable Dom Calmet pour tout ce qui concerne la vie dans les villages du Barrois il y a quelques siècles.

Seul lien qui nous relie directement à la découverte du premier nom de notre village, une charte de Louis le Débonnaire datée de 825 nous renseigne, bon gré, mal gré, sur les premières possessions qu'avait la toute jeune abbaye de Saint-Mihiel à Lauziacus, l'ancêtre du village de Loisey : Quelques terres agricoles, soit peut-être aussi des vignes, car le vignoble était déjà bien implanté dans notre région à cette époque.

On sait ensuite qu'en l'an 843, les trois fils de Louis le Débonnaire (appelé également Louis le Pieux), eux-mêmes réconciliés après s'être fait la guerre, se partagent à Verdun l'immense empire de leur grand-père Charlemagne.
Et c'est ce fameux traité de Verdun qui implique, vu notre position géographique, que notre modeste village est ensuite forcément inclus dans ce vaste territoire que l'on appellera les années suivantes "la Lotharingie" : C'est à dire l'héritage de son roi Lothaire II, et qui sera grosso modo l'ancêtre de la Lorraine.

 

 


Cette partie la plus ancienne de l'église de Loisey
est située dans la partie nord du choeur et a été maintes
fois restaurée au cours des siècles. Elle est la seule qui a su
garder son aspect fortifié primitif et typiquement médiéval.

 

La naissance de la Lorraine et du Barrois.

La suite des évènements est ensuite assez imprécise pour ce qui nous concerne... surtout que cette "Lotharingie", tiraillée entre les guerres et les royaumes qui l'entourent, va connaître une succession de "propriétaires" pendant plusieurs décennies.
La ville la plus proche de Lauziacus prit néanmoins le nom de Bar et la région se fit connaître sous le simple nom de "Barrois".

Au milieu du Xème siècle, Brunon, l'archevêque de la ville de Cologne est nommé duc de Lotharingie par Otton Ier (Empereur de l'Allemagne de l'époque - Otton Ier avait par ailleurs soumis la Lotharingie quelques années auparavant)
Brunon va alors prendre une importante décision : Partager le trop grand duché en deux parties, les duchés de Basse et de Haute Lorraine.
Et c'est ce petit duché de Haute Lorraine que l'on appellera désormais communément "La Lorraine".

Aprés avoir effectué le partage du duché, l'archevêque Brunon prit l'initiative de confier le duché de Haute Lorraine au comte Frédéric, de la maison d'Ardenne.
Et c'est ce même Frédéric Ier qui se fit alors construire vers 951, un château-fort sur la partie est du promontoire dominant la ville de Bar, usurpant au passage des terres qui appartenaient au diocèse de Toul, afin de protéger son territoire des Champenois.

Trois générations plus tard, la princesse Sophie, petite-fille de Frédéric Ier, épouse en 1038 Louis de Mousson qui fut le premier comte de Bar.
Devenue veuve en 1070, Sophie gouverna alors le comté avec fermeté et sagesse, et contribua beaucoup à l'essor du Bourg.
Bar deviendra Bar-le-Duc, principale citadelle lorraine sur la route de France.

Les successeurs de Sophie furent des féodaux guerriers et sans scrupules, qui agrandirent le Barrois aux dépens de leurs trop passifs voisins installés de part et d'autre de leur frontière située à cheval entre la France et le Saint-Empire (allemand).
Ils séjournaient de préférence à Mousson, au bord de la Moselle.
Puis, au début du XIIIème siècle, ils s'installèrent avec leur cour au château de Bar.
Les comtes de Bar, dont certains participèrent malgré tout aux Croisades, étaient ambitieux et les habitants du Barrois eurent souvent à souffrir des guerres incessantes et de leurs conséquences : famines et maladies.
Pourtant l'essor économique finira par profiter à la ville et à sa région. La bourgeoisie s'enrichit grâce a la culture de la vigne et à l'artisanat.
En 1234, le comte Henri II octroya même à Bar-le-Duc une charte organisant la vie municipale de la cité.

 

 


 

Le Barrois au 10e siècle

Le Barrois au Xème siècle.
Carte établie par Léon Maxe-Werly à la fin du 19e siècle.
(Document archives départementales de la Meuse
pour Mr. Bernard Thomas)

 

 

Le traité de Bruges et le Barrois mouvant.

En 1294, le comte de Bar Henri III se marie avec Eléonore, fille du roi d'Angleterre Edouard Ier, et se jette aussitôt dans la guerre contre la France...
Battu, il est fait prisonnier en 1297 par Philippe le Bel, le roi de France de l'époque.
Pour recouvrer sa liberté, Henri III fut alors contraint de signer en 1301 le fameux "Traité de Bruges" par lequel il se reconnaissait vassal du roi de France pour toutes les terres qu'il possédait sur la rive gauche de la Meuse.
Ce sont tous ces territoires que l'on appellera désormais "Le Barrois mouvant", par opposition au Barrois dit "non mouvant" de la rive droite qui lui, restera sous la suzeraineté germanique.
Cette atteinte capitale à la quasi-indépendance du Barrois fera naître par la suite de nombreuses difficultés entre les futurs ducs de Bar et les rois de France.

Concernant notre village, on peut également ici souligner que (d'après Dom Calmet), Loisey a eu l'honneur d'être cité dans le traité de 1301 par lequel Henry III, comte de Bar, fait hommage-lige à Philippe le Bel roi de France.
A un endroit, il est dit : "de ce que Madame Alix de Nettancourt tient de nous à Géry et à Loisey"...
Il est encore parlé de Loisey en deux ou trois autres endroits du même traité ; ce qui fait juger que dès lors, cette seigneurie appartenait à plusieurs seigneurs (toujours d'après Dom Calmet).

A noter aussi qu'en 1340, "Henri, évêque de Verdun, et Henri, comte de Bar, désirant que leurs villes d'Erize Saint-Dizier, de Signeulle (1) , de Jaroye (2) et de Loisey, puissent à l'avenir se peupler et s'améliorer, et être mieux gardées et défendues, font entre eux un appointement (3), par lequel il conviendra que les bans, la justice haute, moyenne et basse, tous les hommes, rentes, profits et revenus, gardes et autres choses, seront communs entre eux et leurs successeurs, pour moitié, promettant de ne s'accroître l'un sur l'autre ; que les maires et échevins (4) rendront la justice aux habitants des dits lieux, et s'ils n'étaient d'accord, ils iront quérir conseil à Sampigny et à Bar. Il y aura prison commune à Erize.
Chaque conduit (5) de ces villes payera deux poules à Pâques, et taille (6) en deniers à la St. Remi, à la volonté des seigneurs, payeront l'ost (7) et la chevauchée (8) quand besoin sera."

En 1355, le roi de France Jean le Bon décide de transformer le comté de Bar en duché.
C'est le duc de Bar Robert Ier (1342-1411) qui fut le premier à prendre le titre de duc. Il avait d'ailleurs épousé Marie de France, fille de Jean le Bon.
Homme cultivé, Robert agrandit et créa un nouveau quartier dans la ville de Bar.

(1) Seigneulles
(2) Géry
(3) Accord
(4) Représentants des paroisses
(5) Foyer-famille
(6) Ancien impôt
(7) L'armée
(8) La cavalerie

 


Le Barrois Mouvant et non Mouvant dans le duché de Bar
vers la fin du XIVème siècle.

 

Le siège de l'église de Loisey en 1424.

En 1420, le nouveau et trés jeune duc de Bar, René d'Anjou, est marié à Isabelle de Lorraine, fille du duc de Lorraine Charles II, avec dans l'idée la réunion des deux duchés.


En 1424, René d'Anjou, qui vient juste de sortir de tutelle pour ses 15 ans, se prétend également fidèle au roi de France Charles VII (qui est également son beau-frère).
Et cette année là, toujours troublée par cette guerre de 100 ans qui n'en finit pas, le duc René va prendre les armes pour la première fois et assièger le château du comte Antoine de Vaudémont qui a des prétentions sur la Lorraine.


Mais pour se défendre des anglais et de leurs alliés qui mènent régulièrement des actions dans toute la région, le petit duc René est "aidé" bien malgré lui par une poignée de nobles et de mercenaires, qui, sous couvert d'actions honorables vis à vis de la couronne française, se livrent aussi à temps perdu à toutes sortes de brigandages dans la contrée.
Le gascon Étienne de Vignolles, capitaine de Vitry, surnommé "La Hire" est de ceux là.
Pour l'instant, La Hire n'est pas encore le fidèle compagnon d'armes de Jeanne d'Arc qu'il rejoindra plus tard et qui le fera connaître.


Car ce fameux La Hire, sous prétexte d'arrérages de solde non payés par le duché de Bar, va se livrer de nuit à une attaque ciblée et symbolique sur une innocente église du Barrois, histoire de faire chanter ce nouveau duc de Bar dont il veut sans doute mesurer la réaction...
Et aprés avoir jeté son dévolu sur le village de Souilly, il entreprend donc en ce début octobre 1424 de faire le siège de l'église de Loisey.
L'histoire ne dit pas s'il obtint réellement gain de cause et qui en étaient exactement tous les protagonistes, mais cette histoire a eu le mérite d'avoir été évoquée (sans trop de détails cependant) dans l'épopée de Jeanne d'Arc et de ses compagnons, et relatée par quelques historiens avec diverses preuves à l'appui, dont Mr Siméon Luce au XIXème siècle et que je vais citer ici :

Siméon Luce - "Jeanne d'Arc à Domrémy - Recherches critiques sur les origines de la mission de la Pucelle accompagnées de pièces justificatives"

Extrait :
<< Les rares partisans du roi de France étaient alors divisés entre eux.
René d'Anjou, beau-frère de Charles VII, qui venait de sortir de tutelle et de prendre possession de son duché de Bar vers le milieu du mois d’août 1424, avait alors une guerre à soutenir contre La Hire lui-même au sujet d'arrérages de solde inutilement réclamés par Étienne de Vignolles et par ses frères.
Dans le cours de ses incursions à travers le Barrois, le capitaine gascon menaça le château de Souilly et fit une démonstration contre l'église fortifiée de Loisey ; il ne déposa les armes et ne conclut un arrangement avec le jeune duc de Bar que dans les premiers jours de décembre 1424.
Eustache de Warnécourt, seigneur de la Ferté et capitaine de Passavant, qui se disait comme La Hire un champion de la cause nationale n’était en réalité qu'un bandit dont le prétendu dévouement au roi de France servait de prétexte pour commettre toute sorte de brigandages. >>

Sources (preuves) extraites de l'ouvrage et reproduites à l'identique :


 

Le 8 octobre 1424

Sommes allouées
1° à Philibert de Doncourt, bailli de Bar, pour résister à une attaque de nuit projetée par La Hire contre l'église fortifiée de Loisey ;
2° à Joffroi d'Orne à l'occasion de deux assemblées des conseillers du duc de Bar tenues au dit lieu de Bar contre les gens de la Hire et d‘Eustache de Warnencourt.
(Archives départementales de la Meuse, B 497, f° 213)

Bailliez et delivrez par l’ordonnance et commandement de messeigneurs du Conseil, estans à Bar à Phelebert de Doncourt, bailly de Bar, pour les causes qui s'ensuient, c’est assavoir pour ses fraix et despens, en allent à Pont à Mousson, pardevers monseigneur pour l'adviser et manssuir d'une entreprinse que l'en disoit que La Hire devoit faire et entreprenre de gangnier de nuit le moustier de Loisey et pour admener des gens d'armes de devers mon dit seigneur pour resister à l'entreprinse, s'elle l'eust faicte ; pour ce..... VI frans VII gros et demi.

Et pour les fraix et despens de messire Joffroy d’0rne, chevalier, et du dit bailly, en allent au lieu de Saint Mihiel, pour parler à mon dit seigneur de l'estat de deux journées qui avoient esté par eulx et les gens du Conseil tenues au lieu de Bar, contre les gens Eustace de Warnencourt et contre les gens de la dicte Hirre qui avoient esté journiez au dit Bar ; pour ce..... VI frans, comme il appert par le tesmoingnage de maistre Jehan de Bruillon donné le VIIIe jour d’octobre IIIIe et XXIIII.

 


 

Le 12 octobre 1424

Mention d’une entreprise projetée par La Hire contre l’église fortifiée de Loisey.
(Archives départementales de la Meuse, B 497, f° 239.)

A Servaix de Condé, cellerier de Bar, pour les fraix et despens de Willaume de Dampierre et ung nommé Bouzon à route de VIII chevaliers, lesquelz estoient venus de par la Hire, pour tenir une journée avec les gens du Conseil de monseigneur le duc estans à Bar ; pour ce..... II frans et demi.
Au dit bailly, pour ses fraix et despens, en alant de Bar au Pont à Mousson, pour adviser mon dit seigneur d'une entreprinse que La Hire vouloit faire de prenre le moustier de Loysey, comme on disoit, et aussy pour les frais et despens de messire Joffroy d'Orne, chevalier, le dit bailly et leur gens, en allant à Saint Mihiel devers mon dit seigneur, pour ly dire et remonstrer l’estat de la journée que eulx et les gens du Conseil de mon dit seigneur estans à Bar avoient tenue contre les gens de la dicte Hire ; pour ce..... XII frans VII gros et demi, comme il appert par mandement de mon dit seigneur le duc donné le XIIe jour d’octobre IIIIe et XXIIII et par plusieurs tesmoignages du dit bailly et de maistre Jehan de Bruillon sur ce.

 


 

Le 10 décembre 1424

Mention d'un traité entre René d'Anjou, duc de Bar, d'une part, Etienne de Vignolles, dit la Hire, Regnault Guillaume de Vignolles, frère de la Hire, Bouzon de Fages, compagnon d'armes des deux frères, d'autre part.
(Archives départementales de la Meuse, K 497 f° 241 et 242)

A ceulx, pour les causes et par la maniere qui s'ensuivent, c'est assavoir à Regnault Guillaume de Vignolles, frère de la Hire, et à Bouzon de Fages, commis ad ce de par la dicte Hirre, auquel la dicte Hirre mon dit seigneur les devoit par certain traictié et accord à lui fait, tant en son non comme pour et ou non de tous ses compaignons, duquel traictié et accord mon dit seigneur a lettres de lui et de ses diz compaignons seellées de leurs seaulx, en IIIc escus d'or ou XV gros de Mets pour chascun escu... IIIc LXXV frans.
Au dit Bouzon, auquel Philebert de Doncourt, par l'ordonnance et requeste de mon dit seigneur, avoit promis par ses lettres, en faisant le dict traictié et accort, lui paier et rendre la somme de cent escus telz que dessus ; pour ce... VIxx V frans.
Item, pour la decheance des monnoies, c'est assavoir gros de Mets, gros de Verdun et monnoie de Lorrainne, que les dessus diz ne vouloient prenre et dont debas estoit et qu'il a convenu changier les dictes monnoies ou la plus grant partie à escus d’or, lesquelz ont cousté en change de monnoies, au pardessus des dis XV gros la pièce, la somme de VIII frans II gros ; pour ce... VIII frans II gros.
Et pour les despens du dit bailly et ses compaignons, ensemble les despens du dit Regnault Guillaume, Bouzon et leurs compaignons à route d'environ XLI chevaulx, faix au lieu de Revigny en faisant le dit paiement ; pour ce... VI frans IIII gros, comme il appert par mandement de mon dit seigneur donné le Xe jour de decembre CCCC et XXIIII, ensemble par les lettres obligatoires de mon dit seigneur et du dit bailly que les dessus diz avoient d'eulz, et par la quittance du dit Regnault Guillaume et Bouzon de Fages, et par le tesmoingnage des diz despens dudit bailli sur ce.
A ceulx, pour les causes et par la maniere qui s'ensuivent..., pour les fraix et despens de tous les dessus dis, depuis le mescredi XVe jour de novembre au soupper jusqu'au sabmedi ensuivant XVIII jour du dit moix, que les diz Pierre David, Jehan Langloix, David le Galoix et Jehan Dillande s'en alèrent avec monseigneur le bailly de Bar au lieu de Revigny porter l'argent qui estoit dehu à la Hirre... III frans VII gros.

 


Ces trois notes, sommes allouées et ordres de paiement d'époque, écrites en vieux français et avec leurs retranscriptions exactes, ont le mérite de nous éclairer un peu plus sur les tractations opérées à la suite de cette attaque de l'église de Loisey.


Le duc de Bar était apparemment absent lors de l'attaque opérée par La Hire et ses gens...
Philibert de Doncourt, le bailli de Bar chargé de la police et de la justice dans son baillage a été obligé de se rendre précipitament à Pont à Mousson (dépendant également du Barrois) pour rendre compte au jeune duc de l'entreprise que La Hire opérait contre le "moustier" de Loisey (ancien nom donné aux monastères et aux églises).
On peut penser également que Philibert de Doncourt attendait apparemment l'ordre du duc pour mobiliser la troupe...
S'en est suivi une tractation tenue dans la ville de Bar, entre les huit chevaliers envoyés par la Hire et son compagnon d'armes Eustache de Warnencourt, et une assemblée de conseillers du duc de Bar.
A la suite de cette ou ces assemblées, le bailli de Bar, accompagné d'un chevalier nommé Joffroi d'Orne ainsi que quelques personnes, se sont rendus à Saint-Mihiel afin d'y retrouver le duc de Bar René d'Anjou sans doute sur le retour, pour lui raconter le résultat des négociations obtenues.


Pour finir, la note du 10 décembre 1424 concernant l'arrangement financier du duc de Bar avec La Hire et ses amis nous indique au passage que les intéressés n'acceptaient pas la monnaie locale en paiement des sommes leur étant dues.
Ils voulaient être payés de préférence en écus d'or, rien de moins... que le bailli de Bar leur a délivrés en se rendant spécialement à Revigny, une petite ville située à quelques kilomètres de Bar.
Car c'est également là, à Revigny, que La Hire au cours de l'une de ses multiples expéditions s'était en l'occurrence rendu maître d'une maison forte quelques mois auparavant...

 

Le roi René (René d'Anjou en 1474) par Nicolas Froment
(Domaine public) via Wikimedia Commons.
Surnommé "Le bon roi René", René d'Anjou (1409-1480) fut
d'abord duc d'Anjou, de Bar, puis de Lorraine de 1431 à 1453.
Il fut aussi comte de Provence, roi de Naples et de Sicile.
Il se retira après 1455 à Angers, puis à Aix en Provence.

 

 

 

 

Etienne de Vignolles, capitaine de Vitry,
dit La Hire 1390-1443. (Portrait imaginaire)
Par Louis-Félix Amiel (1802-1864)
(Photography of a 1835 painting) [Public domain],
via Wikimedia Commons

 

 

 

 

Miniature représentant Jeanne d'Arc et ses compagnons d'armes
lors de leur siège de Paris en 1429.
Par Martial d'Auvergne (Domaine public)
via Wikimedia Commons.

 

 

 

 

 Page ornée d'une miniature représentant un vassal
rendant hommage au roi René (Aveu à René). Vers 1469.
Par Inconnu (Base Archim des Archives nationales)
(Domaine public), via Wikimedia Commons

 

 

 

 

 

Première page d'un livre de comptes et de dépenses du duché de Bar où ont été relevées de nombreuses notes concernant La Hire en 1424.
(Archives départementales de la Meuse - réf. B 497
pour Mr Bernard Thomas)

 

 

Feuillet 213 mentionnant l'article du 8 octobre 1424 (situé en bas de page), et qui fait référence à l'attaque de La Hire contre le "moustier de Loisey"

 

 

 

 

Loisey et la châtellenie de Pierreffite.

Dés le Moyen Âge, Loisey faisait partie de la châtellenie de Pierreffite.
Mais on ne connait pas l'origine exacte de cette châtellenie qui a appartenu préalablement aux comtes de Bar.
En voici sa description telle qu'on la présentait au XVIIIème siècle :

<< Pierreffite-en-Barrois est un bourg de cent-vingt feux, chef-lieu d'une des plus anciennes châtellenies du Barrois, à gauche de la rivière d'Aire, trois lieues au couchant de St-Mihiel, à quatre de Bar et cinq de Ligny.
La seigneurie de Pierrefitte était anciennement aux comtes de Bar.
En 1359, elle fut partagée entre Robert, duc de Bar, et un comte de la Petitepierre, mari de Henriette de Bar.
Alison de la Petitepierre épousa le comte de Linange , père de Rodolphe de Linange, qui au mois de juillet 1437, vendit pour 8000 florins du Rhin la moitié de Pierrefitte à Erard du Châtelet.
René d'Anjou confirma cette vente le 11 novembre suivant.
Le duc Charles III acquit le 25 novembre 1569, le quart qui appartenait à René de Malin , Nicole du Châtelet son épouse , et Françoise du Châtelet dame de Remiremont.
Cette châtellenie est composée de Pierrefitte le chef-lieu, Loisey, Culey, Rumont, Naives-devant-Bar où la justice a son siège, Rosières-devant-Bar, Erize-la-Brûlée, Erize-Saint-Dizier.

Le duc de Bar y a................................. 24,5 / 60
La maison du Châtelet......................... 32,5 / 60
Les héritiers du comte de Franquemont... 3 / 60

Les bois furent partagés en 1628 en deux lots égaux. L'un est à la maison du Châtelet. L'autre est en commun entre les seigneurs.
La prévôté de Pierrefitte fut créé à titre de finance par Louis XIV en 1691. Et par le duc Léopold en 1698.
Un arrêt du parlement de Paris du 17 août 1613 avait réglé que les seigneurs de Pierrefitte nommeraient, chacun en particulier, des officiers pour y exercer la justice, pendant un temps proportionné à leurs parts.
Cette proportion se trouve en quarante-huit mois, et se renouvelle de quatre ans en quatre ans au premier septembre. Un décret de Léopold du 13 octobre 1698 , et son ordonnance du 6 avril 1721 sont conformes à l'arrêt du parlement de Paris. En conséquence, le Roi fait exercer une année sept mois dix-neuf jours. La maison du Châtelet deux années deux mois. Les héritiers du comte de Franquemont deux mois onze jours.
Les prévôtés ayant été supprimées en 1751, M. du Châtelet se pourvut au conseil de Stanislas et y obtint arrêt le 24 mai 1753, qui statue que dans le temps de l'exercice pour le Roi, un conseiller du bailliage de Bar rendrait la justice à Naives, si mieux n'aimait le bailliage y commettre un gradué. En 1763 M. du Châtelet obtint pareil arrêt pour les bois. Les droits de tabellionnage et de sceau ont été reconnus au conseil d'état du Roi, par arrêt du 25 mars 1770. >>

 


 

La famille du Châtelet, branche de Pierreffite.


Une partie de la châtellenie de Pierrefitte qui avait été constituée en fief, avait ensuite été attribuée par Renaud, fils puîné du Comte de Bar, à sa fille Henriette en 1359.
Puis ce sont des héritages successifs qui, par les femmes, détacheront la châtellenie des possessions des comtes de Bar.
Le Comte Rodolphe de Linange, le dernier détenteur, vendra ses biens à Erard II du Châtelet dit "le Grand Chevalier" le 31 juillet 1437, pour 8000 vieux Florins du Rhin “en bon or”.
Cette châtellenie de Pierrefitte avait déjà un château à Naives-devant-Bar.
Mais il n'y en avait pas encore à Loisey qui faisait tout de même déjà partie de cette seigneurie en 1359.

A peine achetée, la châtellenie fut ravagée par le comte de Vaudémont, en lutte contre le duc de Lorraine René 1er et ses alliés, dont Erard du Châtelet faisait partie.
Cette rivalité n'était pas nouvelle. Le duc René et Erard avait déjà été fait prisonniers après la bataille de Bulgnéville en 1431 dans un conflit lié au sort de la couronne de Lorraine.
Le comte de Vaudémont, prétendant lui-même au trône de Lorraine, n'avait ensuite libéré le duc René emprisonné à Dijon en Bourgogne, qu'au prix d'une forte rançon de 400 000 écus.
Erard du Châtelet aurait lui-même participé au paiement dans la limite de 18 000 saluts d'or.

La longue suite de conflits de la Guerre de Cent Ans avait commencé dans notre pays en 1325.
Dans cette succession de guerres, Erard II s’était fortement investi, s’opposant soit au Roi de
France, soit au Comte de Vaudémont, .
Par la suite, et pour assurer sa tranquillité, il demandera pardon de ses actions passées.
Nous avons retrouvé une réponse du Roi de France :
Une lettre de rémission pour Errart du Chastellet. (10)

<< Charles (9), faisons savoir à tous, présents et à venir que nous avons reçu la supplication de notre aimé et loyal chevalier Errart, seigneur du Chastellet, précisant qu’il a été de tout temps et reste le serviteur de notre très cher et très aimé frère et cousin le Roy de Sicile (11), Duc de Bar et de Lorraine.
Pour cause de guerres et divisions passées et présentes dans le royaume et aussi à l'encontre de
notre très cher et aimé Comte de Vaudémont, il a longtemps tenu des gens de guerre en ses places et celles du Duc de Bar et de Lorraine.
Durant ce temps, lui avec ses gens, ou d’autres fois ses gens seuls, ont entretenu dans notre
royaume plusieurs courses, pilleries, vols, rançonnements de villes, gens, bêtes, meurtres,
démolissant ou brûlant des lieux, détroussant des gens d’armes qui étaient venus fourrager et loger
sur les pays de notre dit frère. ll fit aussi, et laissa faire, plusieurs autres crimes, excès, délits,
guerres et autres dommages et oppressions à nos hommes et sujets. De ces maux et excès, il n'a
rien restitué.
Le suppliant a intention et volonté de se retirer de la guerre et délaisser la vie qu’il a menée jusqu’ici.
ll craint que, dans l’avenir, on veuille lui en demander raison et qu’il soit en danger de justice.
Il requiert humblement grâce et miséricorde comme serviteur passé de notre frère et cousin qu’il
nous demande d'entendre sur notre dite grâce.
C’est pourquoi, ces choses considérées et préférant miséricorde à rigueur de justice, nous avons au
suppliant quitté, remis, pardonné, aboli les faits et cas cités et tous autres crimes, délits et maléfices commis par lui ou sous son commandement par fait de guerre ou autrement, avec toute peine, offense, amende corporelle criminelle et civile auxquelles il pourrait être poursuivi à cause des
choses dites et ce qui en dépend.
Nous l‘avons restitué et le restituons à ses bonnes réputation et renommée, au pays et à ses biens
non confisqués. Et nous imposons silence perpétuel à notre procureur et le mandons aussi par ces
mêmes présentes à nos aimés et fidèles conseillers, les gens de notre parlement, aux prévôts de
Paris, baillis de Sens, Troyes, Chaumont, Meaux, Vermandois et à tous nos autres justiciers et
officiers, à leurs lieutenants présents et à venir. A chacun d’eux, comme il lui appartient, que nos
présentes grâce, quittance, rémission, pardon et abolition ils fassent, souffrent et laissent le dit suppliant jouir et user pleinement et paisiblement sans que, à l’occasion des choses dites ci-dessus,
il ne puisse souffrir en fait, en corps, en bien, aucune vexation. Au contraire, en quelque manière que
ce soit ainsi maintenant et pour le temps à venir qu’ils fassent réparer aussitôt que requis.
Et afin que ce soit ferme et stable pour toujours, nous avons fait mettre notre sceau à ces présentes...
Donné à Langres le 15ème jour de février, l’an de grâce 1440 et de notre règne le dix neuvième, ainsi signé, par le Roy en son conseil, auquel nous les Evêques de Clermont et de Magalonne, l'Amiral Maistre René de Bouleigny et autres étaient. >>

(9) Charles VII le Victorieux, Roi de France. que Jeanne d’Arc fit sacrer à Reims
(10) Errart du Chastellet (ou Erard II du Châtelet) dit le Grand Chevalier (Maréchal du Barrois)
(11) René Ier, Duc de Lorraine.
Les du Châtelet sont les descendants d'une branche puînée des ducs de Lorraine. Ils sont donc, eux aussi, cousins.

Nous avons donc résumé ci-dessus, en le “modernisant”, le texte ancien découvert aux archives.
Nous voyons que c’est une loi d’amnistie totale, y compris sur la mémoire...
C'est aussi un texte plein de sagesse dans une époque (fin du Moyen Age) qui fut sans doute très rude.

Trente cinq ans après le rachat de la châtellenie par les du Chastellet (l'appellation de l’époque), les
manants et habitants de Loisey obtiennent, à titre communautaire, auprès de leur seigneur, un droit
d’usage des bois dans certaines contrées :
On parle pour Loisey des bois de l’Ecuyer, de Féval, de Rantelan, de Mirauval et aussi de Plainfer.
Ils pourront couper du bois pour leur chauffage, leurs constructions et autres usages, sans avoir le droit d’en faire commerce ni celui d’essarter (c’est à dire défricher pour transformer en culture). En contre partie, ils paieront une poule, au seigneur, à chaque 1er janvier (12).
Cette chartre est établie par Messire Olry de Landre, gruyer (13) de la seigneurie de Pierrefitte, avec la communauté des habitants, sans que le titre de son représentant soit cité. Elle est signée d'avril 1472.

Ce droit d’usage des bois sera l'objet d’un important litige, deux siècles plus tard...
Car la Guerre de 30 ans ruinera la contrée et les seigneurs du Châtelet prétexteront de rançons à payer aux diverses troupes de passage pour s’emparer des bois dont les habitants avaient obtenu l’usage (14). Il s'ensuivra un long procès entre les habitants et les seigneurs fautifs, procès s’appuyant sur un édit royal d’août 1667 précisant que les communautés rentreraient en possession de leurs biens vendus depuis 1620.

La communauté à Loisey avait-elle une représentation permanente au Moyen Âge ? Quel était son titre ? On parle parfois, aussi, de syndic sans en connaître ses attributions.
Nous noterons aussi que la fonction de maire n'a pas toujours existé. Depuis sa création, elle a beaucoup évolué.
Avant la Révolution, dans nos villages, on ne connaissait que la paroisse dont les habitants ou "manants" furent successivement (ou en même temps) protégés, soumis, dépendants du seigneur du lieu ou de la châtellenie voisine.
C'est le seigneur qui, pour des raisons administratives, mit en place le "mayeur" ou "maire" à des dates que l'on ne peut définir avec certitude.
Des “maires”, cités en 1340, ne sont pour nous que des noms.
On les retrouve... deux siècles plus tard, en 1524, avec le plus ancien livre de comptes de Loisey découvert jusqu'ici.
C’est Jehan Joly, mayeur (le maire) de Loisey qui, sur son registre, relève “toutes les recettes en deniers, blé, cire, poivre, poules, chaume et autres redevances quelconques dues à la mairie, à nous et honorés seigneurs de Pierrefitte”. Dans le cas présent, le maire relève la collecte des divers impôts.

En septembre 1579, les Etats du baillage de Bar (16) sont réunis dans la salle des assises au château de Bar le Duc pour la rédaction de la coutume (17) de Bar. Pour Culey, on trouve Didier Mairel, mayeur ; pour Loisey, le représentant n’est pas cité. Avec les mayeurs des autres villages, ils sont les représentants du Tiers-Etat.

(12) Probablement par ménage
(13) Gruyer : Le responsable des forêts - un poste trés important
(14) Depuis avril 1472
(16) Les Etats sont composés de trois ordres : Noblesse, Clergé, Tiers-État
(17) Coutume : La coutume correspondait (à peu près) aux code civil et pénal actuels confondus.
Avant le XVIème siècle, le Barrois était régi par la coutume de Sens, ce qui nous rattachait plus à la France qu'à la Lorraine.

 

Bernard Thomas

 


 

Par ordre chronologique, les seigneurs de Pierrefitte furent les suivants à la suite d'Erard du Châtelet mort en 1459 :

- Guillaume du Châtelet (1459 - 1476), baron du Châtelet et d'Alix de Saint-Eulien, seigneur de Saint-Amand, de Pierrefitte et de Cirey en partie.
Chambellan de Louis XI, il combattit aux côtés de René II, Duc de Lorraine, contre Charles le Téméraire à la bataille de Nancy et y perdit la vie.

- Philibert du Châtelet (1476 - 1534), chevalier, baron du Châtelet et de Saint-Amand, seigneur de Sorcy, Pierrefitte, Saint-Eulien, Bulgnéville, Hansignement et Cirey.
Il fut conseiller et chambellan du duc de Lorraine, senéchal du Barrois, bailli de Bassigny.

- Jean du Châtelet (1529 - 1566), chevalier, baron et seigneur de Pierrefitte, Saint-Amand, Domjulien, Vauvillars, Cirey, Bouzancourt.

- Philibert II du Châtelet (1531 - 1568), chevalier, baron et seigneur de Pierrefitte, Saint-Amand et Cirey.
Il fut colonel des reitres sous Charles IX, gentilhomme de la chambre du roi et chevalier de son ordre.

- Louis du Châtelet ( ? - 1604), chevalier, baron de Cirey, de Pierrefitte et de Saint-Amand.
Il fut capitaine de cavalerie dans le régiment de Rhingrave et fut tué en Hongrie.

- Louis-Jules du Châtelet (1594 - 1671), chevalier, baron de Cirey et de Saint-Amand, seigneur de Pierrefitte, Domjulien.
Il fut conseiller d'état, gentilhomme de la chambre du duc de Lorraine, gouverneur d'Aigues-Mortes, maréchal des camps et armées du roi, premier chambellan de Monsieur, frère du roi.
C'est lui qui fut le premier bâtisseur du château de Loisey.

- Charles du Châtelet (1630 - 1693), chevalier, Marquis du Châtelet et de Cirey, comte de Game et de Marigny.
Il fut maître de camp du régiment de cavalerie de Gaston de France, maréchal des camps et armées du roi, gouverneur d'Aigues-mortes et de la Tour de Carbonniere.
Il épousa Catherine de Lameth ( ? - 1675), le 25 novembre 1672 et eut pour enfant Armand-Jean (?-1693), cornette dans le régiment de Villepierre, tué à la bataille de la Marfaille.
Par sa mort, la terre de Cirey échut à sa tante Nicole qui la refusa, la baronnie était trop chargée de dette, au profit de sa nièce Marie-Gabrielle-Charlotte comtesse de Lomont.

- Charles-Antoine du Châtelet (1631 ou 1633 - 1693), chevalier, Marquis de Pierrefitte.
Il fut commandant de Metz, lieutenant-général des armées du roi.
Il épousa Marie de Neuville ( ? - 1703), le 31 mars 1677 et eut pour enfant :

- Marie-Gabrielle-Charlotte (1678? - 1705), qui épousa le 15 mars 1692 :

- Florent du Châtelet (de la branche de Lomont)

 

 

 

Gravure ancienne représentant Erard du Châtelet ( ? - 1459)
surnommé "Le Grand Chevalier"
Baron et seigneur de Deuilly, Cirey, Bulgnéville.
Document archives départementales de la Meuse - B 325
Pour Mr Bernard Thomas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Extraits retranscrits d'un précieux livre de comptes
de Loisey, daté de 1524.
(Document archives départementales
de la Meuse pour Mr Bernard Thomas)

 

 

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