L'école communale

 

En ce début de XXIème siècle, Loisey et ses villages environnants font exception parmi les villages meusiens qui se dépeuplent : il y a un renouveau de jeunesse !
Si Culey et Géry ont perdu leur école, celle de Loisey est toujours en activité... Qu'en était-il "dans le temps", suivant l'expression de nos anciens ?

 


Le maître d'école à Loisey et dans le Pays Barrois :

I - Sous l'Ancien Régime.

Il n'y a pas d'archives traitant de l'instruction dans nos villages avant le XVIIème siècle... Ce souci existait-il ? On le voit apparaître au XVIIème siècle avec la mise en place, par les évêques de Toul, d'un statut de l'enseignement :
En 1669, Mgr de Saussay ordonne qu'il y ait maître d'école dans chaque paroisse. Et son successeur interdira que l'on s'immisce dans l'instruction publique sans l'accord du curé. Puis le recrutement des maîtres est réglementé et on organise les cours. Les paroisses subviendront à l'instruction des enfants indigents car, normalement, ce sont les parents qui paient les maîtres.
Voici les règles rappelées par l'évêque de Toul en 1717, pour la nomination des maîtres :
"On réunira les chefs de famille, en présence du curé, afin que le maître d'école ne soit pas choisi par brigue (ruse), buvette ou autre mauvaise pratique. Après exhortation à la sagesse, il y aura vote écrit que le curé collectera. Puis on examinera le candidat-maître sur l'écriture, l'arithmétique, la doctrine chrétienne, le chant ecclésiastique et aussi ses moeurs et sa conduite." Le curé rendra compte au doyen rural : s'il y a doute, on lui fera passer un examen supplémentaire.
Ces règles étaient déjà appliquées à Culey, où les habitants se rassemblent "sous la halette au devant de l'église" le 15 novembre 1703, en présence des syndics (représentants des habitants) Claude Maginot, Mansuy Gruyer et du curé Charles Ragot... Ordre du jour : "Faut-il proroger -ou non- le contrat de Didier Chabourel, maître d'école, dont la charge a expiré le 28 octobre ?"... Selon certains, il est bon maître ; selon d'autres, les enfants n'ont rien appris, notamment les garçons "qui, dans la rue, ne portent pas rendance aux passants (probablement, ne leur cèdent pas le passage), n'ôtes pas leur chapeau et ne saluent pas les personnes à qui ils doivent honneur"... au grand scandale des habitants ! Après délibération, le contrat de Didier Chabourel est prorogé. Un de ses successeurs, Joseph Prevotel, prendra sa retraite après 44 ans de métier. Il deviendra gardien de la chapelle de Sainte Geneviève où il décèdera en 1775.

On comprendra mieux les soucis des maîtres d'école en lisant ce que Mr François Colin écrit à l'évêque de Toul en 1780. Régent d'école dans le village de Koeur-la-Petite (situé à une dizaine de kilomètres de Loisey), et à la veille de sa retraite, il résume son expérience et propose, humblement, quelques améliorations :
<<Monseigneur, je vais toucher à ma 50ème année d'exercice et je puis dire que j'ai blanchi sous les fatigues les plus assidues, au milieu des désagréments et des humiliations... Des salaires, très insuffisants pour ma modeste existence, m'on fait consumer, outre mes gages, plus de la moitié de mon petit patrimoine...
Dans ce corps d'observations que je prend la liberté d'adresser à votre Grandeur, je me donne en exemple ; à 67 ans, je ne cherche ni à adoucir mon sort, ni à rendre mon emploi plus lucratif, puisque je touche à la fin de ma carrière. Mon dessein est d'insinuer un meilleur ordre dans le choix des maîtres, dans la manière de les salarier, afin d'engager de bons sujets et par ce moyen, procurer à la jeunesse les précieux avantages d'une meilleure éducation et d'une instruction plus solide. Mon style ne peut être que très médiocre, n'ayant pas l'avantage d'avoir passé les études d'humanité et, dans l'écriture, je n'ai plus les yeux bons ni la main ferme comme cy-devant.>>

Après cette superbe introduction, résumons son exposé :
- Sur la nécessité des maîtres : Le maître d'école enseigne aux enfants des principes, leur donne des connaissances. Il forme des hommes dans la notion et la crainte de Dieu ; il leur enseigne la loi, les bonnes moeurs et les sciences nécessaires pour se conduire sagement dans toutes les circonstances de la vie.
Le maître doit être un exemple édifiant à la tête du peuple, au milieu des enfants et aussi pour être digne des fonctions ecclésiastiques qui lui sont confiées. Les principales sciences nécessaires sont la doctrine chrétienne ; il doit savoir bien lire et écrire. Il doit faire comprendre aux écoliers ce qu'ils lisent, les former aux règles de l'orthographe et de l'arithmétique. Il doit leur apprendre la civilité et les former dans la manière de se comporter avec toutes sortes de personnes.
Le maître doit avoir les dispositions et capacités requises. Qu'il n'ai pas la suffisance de "savoir un peu", mais qu'il cherche à "savoir beaucoup" et le mieux qu'il est possible : qu'il se persuade toujours qu'on ne sait pas assez... Ni la modicité des salaires, ni la paresse de s'instruire ne sont, pour un honnête homme, des motifs plausibles pour ne pas remplir les obligations qu'il a contractées en acceptant la charge de maître d'école de village.
- Sur le choix des maîtres dans les villages : L'office de maître étant vaquant, le candidat se fait un parti, se munit de recommandations : l'examen qu'il subit n'est pas assez sérieux. Il suffit que, pour les paroissiens, il se loue à bon marché, qu'il convienne au curé... La convention est arrêtée et l'engagé devra regarder son installation comme un avantage... qu'il récompensera par traitement de faveur... ou boisson ! Ainsi, dans de nombreux villages, on engage les maîtres comme les pâtres : pour une année !... (la comparaison est mordante).
Nettoyer la cour aux personnes à ménager, épargner réprimande ou correction à tel enfant, accorder des soins particuliers à tel autre... et bien d'autres bassesses encore... une année n'est pas un long espace de temps : il faut penser à s'assurer le contrat pour l'année à venir !
- Sur le traitement des maîtres : Les élèves fréquentent l'école pendant 5 mois. Un tiers des élèves apprend à écrire, les deux autres tiers à lire seulement ; les parents paient suivant le choix de l'instruction et le temps passé à l'école ; les veuves ne paient que la moitié pour leurs enfants. Ce taux est discuté dans les conditions d'embauche ; une certaine ancienneté est nécessaire pour le voir évoluer.
"Ainsi, après sept années de services dans mon village natal, j'ai été engagé à Koeur pour 6 gros (fraction du franc barrois) par élève en 1737... Ce n'est que depuis 1771 que je perçois 8 gros ! Cela produirait 48 livres par an si j'étais payé tous les mois, mais loin s'en faut ! Continuant la méthode du lieu, je demande mon dû, de porte à porte, à la fin de l'année... J'ai honte de m'exprimer sur les rebuts, les humiliations que j'ai soufferts, ne recevant que de modestes sommes par tournée, parfois rien... et je rentrais lassé, rebuté. Maintenant, je temporise, je tâche d'avoir -en échange- quelque travail de chaque espèce de profession... après comptes faits, je tire tout ou partie de mon dû par ce moyen, le surplus se diffère pour l'avenir. Il faut s'attendre à souvent perdre, mais ces dettes sont peu de choses... d'ailleurs surannées... Le peuple que je sers est assez bon, mais fort pauvre... Aux sommes payées par les parents, il faut ajouter celles provenant des fonctions de sacristain, sonneur, fossoyeur... A Koeur, il n'y a pas de maison d'école, j'occupe la maison de famille de ma femme."
- Sur les enfants, les parents... et le curé ! : Que n'a-t-il à endurer, le maître, de la part des enfants ! Le peu d'intelligence et de raison des petits, le peu de docilité et d'obéissance des plus grands... Et que n'a-t-il à souffrir de la part des parents ! L'amour déraisonnable, aveugle de leurs enfants, les irrite contre les châtiments les plus justes. Pour peu que le maître sévisse, ils l'insultent dans la rue ou même à l'école. Ils retirent leurs enfants pour les envoyer ailleurs, conservant des haines implacables et complotant contre le maître pour lui nuire ou l'expulser.
Que n'a-t-il encore -quelquefois- beaucoup à endurer de la part de monsieur le curé lui-même ! Certes, il est juste que les maîtres soient soumis à leur curés, mais uniquement pour ce qui concerne leurs fonctions à l'école et à l'église.

... Après cet "état des lieux", notre maître d'école fait des suggestions.
- Pour la formation des maîtres : Il faut former les maîtres de meilleure manière dans les écoles diocésaines (à créer) car cette profession est l'une des importantes pour la gloire de Dieu, le bien de la religion, l'avantage de la société.
- Pour l' instruction des enfants : L'instruction devrait être obligatoire pour les enfants de 5 à 14 ans. Dans les paroisses de plus de 60 foyers, il faudrait ouvrir une école de filles dirigée par une maîtresse ayant la même science que les maîtres. L'obligation scolaire serait à faire respecter par les autorités civiles avec contrainte pécuniaire à l'appui.
- Pour la rémunération des maîtres : La rétribution des maîtres devrait être fixe, annuelle, proportionnelle au nombre de paroissiens, mais suffisante dans les petites communautés.
Auxiliaires du curé, pourquoi ne seraient-ils pas, comme celui-ci, rémunérés sur le produit des dîmes ? Ainsi, ils ne seraient plus à la discrétion des paroissiens seuls... ni du curé non plus !
Les exemptions d'école pour infirmité, incapacité, pension, apprentissage seraient accordées par : les officiers du lieu, le curé et le maître réunis à ce sujet. Petites maladies et absences journalières ne seraient plus décomptées du traitement. Pour les enfants qui iraient aux écoles devant d'autres maîtres que celui du lieu par humeur, caprice, inimitié ou mauvais prétexte, les parents seraient contraints de payer le maître du village. Chaque année, curé, maire, syndics réunis détermineraient le nombre d'enfants dont la fabrique (organisme de gestion de la paroisse) paierait l'écolage en raison de l'indigence des familles.
Comme actuellement, les maîtres devraient être exonérés des impôts royaux et seigneuriaux, des travaux publics, des corvées, du logement des militaires. Actuellement, le bois de chauffage de l'école est apporté par les enfants, ce qui crée des altercations ; un règlement devrait être établi à ce sujet. Enfin, une maison d'école, avec logement pour le maître, serait à créer dans les paroisses qui en sont dépourvues.
- Pour la nomination des maîtres : En cas de vacance de poste, la communauté en donnerait avis pour un remplacement par voie de concours ou nomination. Les maîtres nommés ne pourraient être déplacés, ni déposés sans un jugement et après avoir été entendus.
Si quelqu'un se présentait au rabais pour faire expulser un confrère, il serait jugé indigne de la fonction de maître...

Ce rapport du maître d'école du village de Koeur a été ici remodelé et fortement réduit ; mais on a essayé de lui laisser sa vivacité.
C'est un bel éclairage, à la veille de la Révolution, sur la vie dans ce petit village meusien similaire au nôtre, à quelques kilomètres de Loisey.
On sait qu'à la même époque, Loisey avait une école de garçons qui était propriétaire d'un "gagnage" (nom d'un ensemble de pièces de terres ou de prés que l'on louait), et qui lui rapportait 33 livres par an. Il y avait aussi une école de filles qui était dirigée par une religieuse demeurant dans la Maison de charité.
On pourrait croire l'instruction sommaire et le peuple trés ignorant à la veille de la Révolution ; mais il faut savoir que, si le pourcentage de français sachant signer était de 47% dans le royaume, ces chiffres s'élevaient, à cette époque, à 65% pour les femmes et 88% pour les hommes en Lorraine. Notre province était très en avance dans ce domaine.


 

 

 

 

Le maître d'école - Adrien Ostade - 1662

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

II - De la Révolution à la Restauration.

Le terme Révolution est brutal ! A l'école, l'évolution est beaucoup plus nuancée.
Ainsi, le contrat de l'instituteur de Longeville est-il souscrit, en octobre 1792, dans les mêmes formes que celles déjà connues, mais on le signe au greffe de la commune -terme nouveau- .
Un an plus tard, cette convention est renouvelée avec le même maître ; s'y ajoute le serment suivant : "Je prête serment et jure fidélité à la nation, à la loi, à la liberté, à l'égalité... et à mourir en les défendant".
On paie, à ce maître, un salaire pour chanter les obits (office religieux en mémoire des défunts). "Il instruira les enfants selon la morale républicaine et catholique".
On sent ici que le combat entre la jeune république et l'Eglise n'est pas encore engagé à l'école. Par contre, les remous du temps troublent le travail scolaire car "les enfants de la commune se trouvent dans la dernière indigence de l'instruction".


La Révolution à l'école, on la trouve dans les directives que le district de "Bar-sur-Ornin" donne aux instituteurs le 28 germinal an II (17 avril 1794) :
<< L'éducation de la jeunesse vous est confiée : l'espoir de la patrie est entre vos mains. Faites germer justice, vertu et probité dans le coeur de vos élèves. L'enfant doit sucer, avec le lait, l'horreur de la tyrannie. Les premiers mots qu'il bégaie doivent respirer le républicanisme... Cultivez avec soin les talents de vos élèves, jetez en eux les semences du patriotisme, réprimez le penchant qui les conduit au mal. Enflammez leur imagination par le récit des exploits des héros morts pour la liberté... Des instituteurs coupables utilisent encore des livres supersticieux qui perpétuent le fanatisme [On suppose des catéchismes], faisant revivre les préjugés de l'Ancien Régime.
En attendant que la Convention vous ait donné les livres élémentaires, faites étudier sur les livres les plus propres à en faire de bon citoyens et rendez-nous en compte. Nous ne perdrons pas un instant de vue l'éducation publique et nous exercerons sur vous, citoyens, une surveillance sévère... >>


Pour la célébration du décadi -qui remplace le dimanche-, des places sont réservées au temple (nouveau nom de l'église) pour les élèves et les maîtres (ces derniers sont obligés d'accompagner les enfants).
Loisey, chef-lieu de canton, centralise souvent, à partir de 1795, les cérémonies civiques, ce qui explique que le 20 décembre 1798, l'instituteur de Salmagne et dix de ses élèves aient concouru -au temple de Loisey- en récitant des morceaux de morale républicaine, des extraits de l'histoire romaine, les droits de l'homme, des hymnes, des contines patriotiques, et le catéchisme républicain (dont un exemplaire nous est parvenu).


Que se passait-il dans les écoles ? On ne connait que le dépit des responsables qui écrivent en frimaire an VI (novembre 1797) :
"L'instruction a été négligée dans tout le département, malgré l'intérêt de l'administration centrale".
Le département, pourtant, fait un effort pour la formation des maîtres. Il relance le canton de Loisey pour qu'il fournisse une liste de candidats pour l'école centrale du département (probablement une école de formation des maîtres) :
"Il y a, écrit-il, une somme de 6000 Francs pour entretenir 20 élèves..." Nous sommes le 14 vendémiaire an VIII, (5 octobre 1799).
Quelques jours plus tôt, l'administration locale a demandé à l'instituteur de Loisey de tenir les registres complémentaires (l'état-civil actuel), en précisant que "compte tenu de la qualité de son écriture, il est plus difficile à des manuels de former des belles lettres bien régulières..."
C'est le début des fonctions de secrétaire de mairie, tenues par l'instituteur (fonctions qui étaient alors tenus par le curé ; les registres des naissances, mariages, décès incombent désormais aux élus pas toujours très experts en écriture).


Le coup d'État du 18 brumaire an VIII met fin à la lutte antireligieuse, particulièrement zélée dans le canton de Loisey. En conséquence, les fêtes civiques issues de la Révolution sont supprimées, le décadi n'est plus d'obligation... Bonaparte, en signant le Concordat, met en place un clergé fonctionnarisé... et dans nos villages, l'école reprend comme cy-devant.


A Loisey, c'est Louis Prévost, vigneron et propriétaire, qui "étant de bonne vie et moeurs et ayant fait preuve de capacité" est nommé maître d'école ; cette dernière est remise en état pour le gros oeuvre. Il sera également chantre, chargé de la propreté de l'église et de la conduite de l'horloge. Comme sous l'Ancien Régime, il sera rétribué par les parents, sauf pour les fonctions liées au culte qui lui seront payées séparément, via le percepteur...
Première séparation entre deux dépendances... Et apparemment, on a du mal à assimiler cette distinction.
Ainsi, à Géry, François Toussaint est admis comme régent d'école en 1809, avec les mêmes fonctions que l'instituteur de Loisey. Le Préfet casse son contrat, car celui-ci mêle les charges des deux emplois : communal et paroissial.
L'ordonnance royale de 1816 interdit la mixité dans les classes... En l'absence de local séparé, "il serait convenable de prévoir une séance le matin pour les garçons, une l'après-midi pour les filles". La formule fut-elle appliquée ? Le "mélange" garçons-filles avait fait l'objet de reproches acides du curé au maire de Loisey, quelques années plus tôt. Mais la critique s'était aussitôt évaporée comme la rosée au soleil quand on avait suggéré au Préfet de faire réaliser l'école des filles dans le bâtiment du presbytère... là où la place n'était pas mesurée.


Devenue bien national à la Révolution, l'école des filles est rachetée par la commune en 1819.
A la même époque, Culey possède une école mixte dans laquelle elle réalise d'importants travaux d'entretien.
L'école de garçons de Loisey a gardé son rythme ancien : Elle est ouverte du 2 novembre au 1er mars. L'effectif est de 46 élèves, dont 10 indigents. Le système de paiement est toujours le même : Il rapporte 82 Francs au maître ; s'y ajoutent la gratuité du logement et le jardin qui rapportent 20 Francs. Les services rendus à la paroisse ne sont pas chiffrés...

 



catéchisme républicain

Exemplaire d'un "catéchisme républicain" distribué et enseigné dans les écoles du Barrois pendant la Révolution (Document médiathèque de Bar-le-Duc pour Mr. B. Thomas)

 

Pages 3 et 7 sur 104 de l'Alphabet constitutionnel, rédigé à la portée des enfants. Éditeur : A Paris. Chez Charbonnier. L'an premier de la République, & de l'Égalité. 1793
Source gallica.bnf.fr /
Bibliothèque nationale de France


La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1793, souvent étudiée et apprise dans de nombreuses écoles de village pendant la période révolutionnaire
(Domaine public via Wikimedia Commons)

 

III - En marche vers l'excellence.

Une école d'instituteurs est créée à Bar-le-Duc en 1823, réservée aux élèves âgés de 16 à 20 ans qui seront admis après examen. Ils paieront 300 Francs de pension annuelle et se procureront lit et fournitures. A la sortie, classés par ordre de mérite, ils choisiront leur poste et s'engageront à se vouer pendant 10 ans à la fonction d'instituteur. Ils seront formés sur : la religion, la lecture, l'écriture, l'orthographe, la grammaire, l'histoire, la géographie, le dessin linéaire, l'arpentage, le plain-chant (chant grégorien).
S'il vient chez nous, ce nouveau maître tiendra école dix mois sur douze, les deux mois disponibles permettront d'effectuer ses travaux à la campagne.
Du 1er mars au 1er novembre, les habitants pourront exiger qu'il n'y ai qu'une séance par jour à l'heure la plus convenable... La soeur, chargée des filles, a les mêmes contraintes... Il en ressort qu'en 1824, le travail aux champs, pour les enfants, est encore prioritaire.
S'il est premier chantre, le maître se soumettra aussi au règlement de la fabrique (organisme de gestion de la paroisse). Outre les diverses fonctions de ce poste, il assurera la discipline de ses élèves (actuels et... anciens) dans l'église et au cimetière jouxtant la bâtisse : la jeunesse aime s'y rassembler ! La soeur d'école chapeautera ses filles dans les mêmes conditions.
Le maître fera annoncer la quête des vendanges et il aura droit au produit de la "petite quête" faite par les enfants qui portent l'eau bénite dans les maisons le dimanche. Il sonnera aussi "la retraite" (sonnerie annonçant la fermeture des débit de boissons) tous les soirs à 9 h en hiver... mais puisque cela déplait aux habitants, il cessera de le faire le 1er janvier 1827... voyant, de ce fait, son traitement amputé de 15 Francs !
En 1830, le revenu du maître, à Loisey, s'élève à 400 Francs pour l'année dont 145 Francs de participation de la commune.
N'étant pas occupé pendant les mois d'été, il valorise sa propriété et "ce supplément de revenus le met à l'aise". En place depuis 28 ans, "il est très capable, rempli de zèle et de dévouement. Il ne demande pas d'augmentation... mais ne souhaite pas renoncer"... Il ne se proposera certainement pas aux cours de perfectionnement, d'une durée de 15 jours, suggérés par le Recteur... d'autant qu'il faudrait participer à la dépense ! (Sans doute parlait-on de Louis Prévost mis en place à la sortie de la Révolution à Loisey).
Dans cette période de réglementation généralisée, l'Almanach de 1833 publie un article sur "L'Ecole Idéale". Retenons les quelques lignes qui indiquent la manière et le but :
La classe idéale s'obtient par une discipline sévère, un emploi du temps réglé : l'ordre est la condition la plus importante... L'amour du travail, le goût de l'ordre, la tempérance, le respect filial, la soumission aux lois sont des vertus sociales qui adoucissent les rapports des hommes entre-eux. C'est un devoir d'inspirer ces vertus aux enfants. Si l'instruction est le but de l'instituteur, il ne doit la répandre que sanctionnée par la morale. L'enfant sera un homme un jour: L'instruction fait des savants, l'éducation morale fait des citoyens.
Le but et l'esprit étant fixés, apparaît le règlement des écoles primaires de l'arrondissement de Bar-le-Duc publié en décembre 1834. Voici son condensé :
Il y aura deux séances d'école de quatre heures (matin et après-midi) en toutes saisons, sauf les vacances ainsi réparties : le jeudi après-midi, le dimanche, les jeudi, vendredi et samedi saints, les lundis de Pâques et de Pentecôte, le jour de la fête du Roy et un mois entier entre le 15 septembre et le 15 octobre.
L'enfant sera scolarisé à l'âge de six ans et s'il a été vacciné (ou subi la petite vérole).
Arrivant en classe, il se découvre, salue le maître, s'asseoit, reste silencieux. Il ne se lèvera que sur ordre (par exemple : autorité visitant la classe) et ne déplacera pas inopinément.
Hors de la classe, patois et mots grossiers seront interdits. Avant les cours et après un examen rapide de la propreté, le maître le fera mettre à genoux pour récitation de la prière (tant le matin que le soir, avant la sortie).
L'instituteur ne tutoiera jamais ses élèves. Il les punira sans colère, ne les frappera pas. Il commandera plus par gestes que verbalement. Les punitions iront de la privation de satisfaction honorifique à l'exclusion définitive prononcée par le comité local. Ce dernier visitera l'école au moins une fois par mois et fera passer un examen général deux fois par an. Il fera afficher, en fin d'année, la liste des élèves par ordre de mérite. Il surveillera la conduite du maître et, si celui-ci s'écarte de ses devoirs et fréquente les cafés, il en informera le comité d'arrondissement.
Le local sera vaste (si possible), bien aéré, bien éclairé. Les fenêtres seront ouvertes tous les jours, même en hiver.
Le maître sera sur une estrade avec, au dessus de lui, un Christ et le buste du Roi.
Les élèves s'assoieront à des tables aux rebords percés de trous pour les encriers (un pour deux élèves), des modèles d'écriture seront suspendus à un cordon fixé au bord de la table.
Livres, cahiers et plumes taillées seront en place avant l'arrivée des élèves, de même que les tableaux noirs et la craie. Des affiches indiqueront la liste des devoirs à faire.
Sur une planchette, bien visible, on indiquera par "entré" ou "sorti" si les lieux d'aisance sont accessibles.
Les élèves seront répartis en trois divisions, -au moins-, qui constitueront une gradation. Dans chacune, il y aura : instruction religieuse avec laquelle on apprendra l'alphabet, le syllabaire, la lecture courante puis manuscrite, enfin le latin.
La progression sera la suivante : écriture sur l'ardoise, puis au tableau noir, enfin sur le papier. Pour les formes d'écriture, on ira de la bâtarde à la ronde, puis à la cursive.
En calcul, on étudiera le calcul verbal, la numérotation écrite, les quatre premières règles de l'arithmétique, les fractions ordinaires, les décimales, le système légal des poids et mesures. (Plus d'un siècle après, les paysans utiliseront encore dans la vie courante les termes de l'Ancien Régime).
En français, il y aura prononciation correcte, exercice de mémoire, grammaire, orthographe, dictée, règles de syntaxe, analyse grammaticale et logique. Enfin, on étudiera histoire, géographie, dessin linéaire, chant.
Pour la lecture, on prendra des modèles tirés des textes de la religion, de la morale, de l'Histoire de France. Pour la division supérieure, on ajoutera l'écriture de billets commerciaux, de baux, marchés, comptes, obligations, quittances. (Beaucoup d'affaires commerciales se traitent par écrit, soit en privé, soit chez le notaire : c'est donc une instruction pratique).
Les dictées d'orthographe courante seront faites une fois par semaine pour les petites classes, quatre fois pour les plus avancées. Il y aura grammaire tous les jours pour les élèves qui savent lire et calcul (d'abord verbal) dès l'entrée à l'école.
Les villages de Loisey et Culey vont ériger chacun, une nouvelle école au cours du XIXème siècle. C'est d'abord Culey qui, en 1843, bâtit une classe mixte à l'emplacement de l'un de ses deux anciens pressoirs. Il en résulte, en 1857, une augmentation de "20 centimes au Franc" des quatre contributions directes : avec une construction de plus de 10.000 Francs, on avait épuisé les fonds de la commune. L'école est de plain-pied, la mairie à l'étage... Dommage qu'aucun fronton n'ait été posé! Elle est meublée, à l'origine, de 12 tables avec bancs.
A Loisey, l'école des filles est déclarée malsaine par le Préfet en 1848. Pour la remplacer et après diverses études, c'est l'ancienne maison de M. de Beauval (voisine de la mairie toute neuve) qui est achetée en 1867. On y logera aussi la soeur institutrice, la soeur infirmière avec sa pharmacie ; on y adjoindra une petite salle d'asile.
Le montant de la dépense dépasse 20.000 Francs. Le montage financier comporte, entre autres, une souscription publique : on frappe à toutes les portes, en particulier à celle des banquiers Varin-Bernier, de Bar-le-Duc, dont on se souvient -fort à propos- des origines loiséennes. On récolte 100 promesses de don pour un montant de 5200 Francs. L'orage du 11 mai 1868 n'arrange pas les finances communales : on demande des secours au couple impérial, au Ministre de l'instruction publique... On presse les donateurs de matérialiser leurs promesses !

Il y avait donc une école mixte à Culey, deux écoles à Loisey.
Quelques détails nous éclairent un peu sur la vie des maîtres à cette époque...
En 1837, les deux instituteurs (M. Chenu de Culey, et M. Médard de Loisey) sont remarqués par le conseil supérieur de l'instruction primaire pour les efforts qu'ils ont fait l'un et l'autre... ce qui permettra sans doute à M. Médard de supporter, sans trembler, la visite du sous-inspecteur primaire de l'Académie de Nancy. Ce dernier contrôlera sa classe le 30 mars 1838 en présence du comité local.
M. Very qui lui succède en 1839, rechigne à travailler dans les conditions qu'il trouve : "les tables sont vibrantes, les bancs mal assujettis, et les enfants tombent au moindre mouvement avec leur banc..." Pourrait-on, demande-t-il, "réaliser des lieux d'aisance non exposés aux intempéries ? Les enfants rentrent, remplis d'ordures, mouillés jusqu'aux os, transis de froid".
Actuellement, il est payé 60 centimes par mois pour les enfants qui savent écrire, 50 centimes pour les autres. Les élèves indigents ne paient pas, la charge en incombe à la commune.
Tout compris, il perçoit 550 Francs par an ; il réclame une rétribution de 700 Francs... plus une indemnité pour le chauffage, ce qui lui éviterait de scier le bois que les enfants apportent pour l'école.
Pour conduire l'horloge, il perçoit 1 Franc par ménage et par an, moitié pour les veuves. Suivant le réglement, il ne pourra quitter la commune que s'il a prévenu au moins deux mois à l'avance et obtenu un certificat de non-opposition du comité local d'instruction.
... Les revenus des instituteurs sont d'origines diverses, d'où parfois quelques litiges. Le premier est assez original : les quêtes faites dans la commune de Loisey par les gardes-champêtres, le sonneur, le curé, l'instituteur sont montrées du doigt : "Les dons que l'on obtient sont produits plus par la crainte ou arrachés par un collecteur importun que par une volonté libre".
Le conseil demande un arrêté d'interdiction en février 1847... L'interpénétration culte et école ne peut pas être de tout repos. Quand l'instituteur est également chantre -ce qui est courant- il quitte sa classe pour assurer les chants à l'église dans certaines circonstances.
En mars 1849 (La date a-t-elle une importance ? Nous sommes en 2ème République, la Révolution de 1848 est encore toute fraîche), le maire de Loisey interdit cette pratique à M. Bagache, instituteur... et le curé trouve un autre chantre...
Le maître d'école se plaint alors d'une perte de revenus et d'un abus de pouvoir du prêtre. Est-ce cette plainte qui le met en porte à faux ? Toujours est-il qu'il est révoqué par le Préfet, un an plus tard pour brutalité envers ses élèves ; il avait déjà été suspendu pour cause d'inconduite. En outre, il lui est reproché "ses tendances politiques exagérées qui sont en désaccord avec sa mission".
Il arrive aussi que les deux classes, avec maître et maîtresse, quittent l'école pour assister à une cérémonie : en 1849, le conseil municipal demande également l'interdiction de cette politique.
Une liste d'avancement des instituteurs est établie, pour la Meuse, en 1850.
Sur 468 hommes, on trouve :
N° 1 : M. Allezot Eugène, instituteur à Géry, âgé de 26 ans, 6 ans d'ancienneté.
N° 31 : M. Collet Jean-Baptiste, instituteur à Culey, âgé de 32 ans, 13 ans d'ancienneté.
N° 101 : M. Trognon Jean-Baptiste, instituteur à Loisey, âgé de 25 ans, 6 ans d'ancienneté.
... C'est un cocorico sonore pour notre toute petite vallée !
En 1853, le Ministre écrit aux recteurs d'académie : "Dans certaines écoles mixtes de petites communes, les enfants sont confiés à des institutrices : Le résultat est excellent, les institutrices ont autant de succès que les maîtres. Elles présentent des qualités morales plus sérieuses lorsqu'elles se trouvent en présence d'enfants des deux sexes".
L'inspecteur d'académie tempère ces propos en écrivant, en 1864 : "les femmes ont, certes, des qualités de dévouement pour diriger les jeunes enfants... mais elles manquent d'énergie et d'intelligence pour conduire les garçons qui grandissent !"
1867 permet de mieux connaître l'école du village meusien. L'académie demande aux maîtres de dresser le plan de leur école et -éventuellement- celui de leur jardin. On en a retrouvé une dizaine : quel magnifique travail ! Des plans "éclatés", en couleurs, à l'échelle... Tout y est figuré : mobilier, cartes et tableaux descriptifs aux murs ; le crucifix est au-dessus de l'estrade en face de Napoléon III, en buste, avec moustache et barbichette avantageuses... La représentation du jardin est aussi minutieuse... Dans la pratique et suivant son emplacement, c'est le jardin modèle du village. Le maître, parfois, distribue graines et plants aux habitants. Cela réhausse son prestige car, "ayant été aux écoles", le maître ne semble guère apte aux travaux de la terre... Voici, maintenant, qu'il sert de modèle !...
On complète les plans par le détail des ressources du potager... Les cours qu'on y donne vont jusqu'à la greffe... voire même l'écussonnage des rosiers... A Culey (seul plan de jardin que l'on a retrouvé), l'instituteur indique une surface de 156 m2... 28 groseillers et 12 quenouilles (arbres fruitiers en espalier) y sont plantés... "qui n'ont donné que peu de fruits" précise t-il.
Il signe son plan "FECIT COLLOT".
Les cours d'adultes -initiés depuis 1838- sont appréciés. A Loisey, l'instituteur les donne gratuitement... On lui fournit chauffage et éclairage.
Après la guerre de 1870, Napoléon III part en exil et, à l'école, son buste monte au grenier ; il y a ensuite quelques difficultés liées à l'occupation étrangère et à son coût.
Le ministre demande alors aux communes d'étudier la possibilité d'un enseignement gratuit... en votant des centimes additionnels. En 1877, le conseil municipal de Loisey refuse, et à la même époque, le traitement du maître est égal à celui de l'institutrice et de son adjointe réunies...
Il faut attendre 1888 pour voir l'égalité de rétribution.
Une caisse des écoles (fonds privés et subventions) est créée par le Préfet en 1883 pour attribuer fournitures de classe, vêtements, aliments chauds en hiver aux élèves indigents ; en outre, elle récompensera les enfants méritants. En 1836, on attribuait une croix d'argent ; en 1879, on distribuait des prix (dont on ne connait pas le détail) "pour donner aux maîtres et aux parents une satisfaction toute naturelle et pour les parents un étincelant pour l'avenir". En 1883, on récompensera par des livres scolaires et des livrets de caisse d'épargne.
La loi sur l'enseignement public, en 1884, résout le problème lancinant de la gratuité scolaire. L'obligation qui lui est liée ne posera certainement pas de gros problèmes. Quant à la laïcisation, elle se fait, dans nos villages, sans remarque particulière.
Pour le premier centenaire de la prise de la Bastille en 1889, les instituteurs réalisent une monographie de leur village. Celle de Loisey, déposée aux Archives Départementales (cote 366 J), est de belle facture.

 

École de village - Albert Anker 1858

 


 


 

Ecole normale Bar-le-Duc 1823

L'Ecole Normale du Château à Bar-le-Duc appelée également Ecole d'Enseignement Mutuel a été créée en 1823. Elle est l'une des plus anciennes de France. Elle était située dans le quartier de la ville haute, tout près du musée ducal actuel.

 

 

Ecole normale Bar le Duc 1823

De chaque côté du portique d'entrée de l'ancienne Ecole Normale de Bar-le-Duc , deux maximes avaient été gravées dans la pierre.
Elles sont encore bien visibles de nos jours :
A gauche : "La patrie offre l'instruction à ses enfants"
A droite : "Par l'étude, l'enfant devient libre à son pays"

 

 

Ecoles à Loisey en 1839

Sur cet extrait du cadastre de Loisey de 1839, les principaux édifices publics et religieux du village avaient été coloriés en bleu.
On y distingue trés bien l'emplacement des écoles des filles et des garçons utilisés à cette époque.
(La mairie et l'école actuelle n'existaient pas encore)

L'école des filles se trouvait au n° 79 de notre Grande Rue, et l'école des garçons au fond de l'actuelle Impasse du Château.

 

 

Ancienne poste

L'actuel 68 Grande Rue était la maison de Mr de Beauval qui fut achetée par la commune de Loisey en 1867.
Elle servit d'abord de nouvelle école des filles, pour recevoir plus tard une extension sur le côté Est comprenant deux salles de classe.
Un bureau de poste, son logement, ainsi que divers annexes occupèrent le côté Ouest pendant de nombreuses années.

 

 

Rassemblement d'enfants devant la mairie et l'école.

 

 

Contrat de maitre d'école 1808

Contrat de maître d'école à Géry daté du 31 octobre 1808.
(Archives départementales de la Meuse réf. 29 T 1)
Autres signatures : M. Paillard - adjoint, M. Bichebois - maire, Jean Vannerot - secrétaire.
Ce contrat fut cassé par le préfet à Bar-sur-Ornain le 24 février 1809 au motif que les frais relatifs à l'exercice du culte sont à la charge de la Fabrique. Dans ce domaine, la contribution des habitants ne peut être que volontaire.

 

 

Classe verte : découverte insolite et cours de morale
(document B. Thomas)

 

 

Le calcul avec un boulier.
Un moyen souvent utilisé dans les écoles du XIXème siècle et d'une grande partie du XXème.
(document B. Thomas)

 


 

IV - Institutrices ou maîtresses ?

Jusqu'à la fin du XIXème, les institutrices sont, majoritairement, des religieuses. Trois laïques ont cependant laissé une trés petite trace dans les archives, toutes les trois à Loisey.
Clothilde Gaillet est institutrice en Floréal an IV (avril 1796). Elle est la fille de Ponse Ponsin, instituteur à Varennes-en-Argonne ; son frère Joseph est l'un des principaux acteurs de l'arrestation de Louis XVI. Son mari, Jean Gaillet, ex-prêtre, est secrétaire général du canton de Loisey ; il est trés engagé politiquement à l'époque. On ne sait pas combien de temps elle exerça.
En 1819, on trouve un certificat de "bonne conduite" pour Marie-Madeleine Claudon qui fut institutrice pendant quatorze mois. Enfin, l'installation d'une institutrice (inconnue) en 1835 aurait provoqué des remous dans le village.
Avant la Révolution, on sait, de la soeur d'école, qu'elle habite la maison de charité de Loisey...C'est tout...
Attendons 1835, année pendant laquelle soeur Jules Ferry quitte Loisey.
La municipalité propose alors de reprendre soeur Marie-Madeleine Lelièvre, déjà connue, car "elle possède une instruction rare à rencontrer parmi les soeurs de la doctrine chrétienne" (c'est gentil pour la confrérie !). En outre, elle n'exigea rien venant en supplément de la rétribution payée par les éléves... d'où une économie de 2400 Francs de dettes".
Apparemment, l'affaire ne tient pas, car, l'année suivante, le conseil demande deux soeurs de la Providence... dont une tout de suite. "La commune pourrait payer 300 francs... 400 francs pour les deux serait le maximum... Outre les enfants à instruire, il faut soigner les malades et les indigents dans cette commune qui devient populeuse".
Les soeurs dépendent de leur congrégation et, sur place, du maire. Par économie, on s'adresse à la communauté "la moins distante". Ainsi en 1869, la municipalité fait miroiter à la supérieure de Saint-Joseph de Verdun "l'extension future du local et l'importance du poste... Il y a un asile... Celui-ci permet de décharger les parents qui peuvent se débarrasser (!!!) des petits, dès qu'ils marchent et comprennent, jusqu'à l'âge de l'éducation obligatoire. La soeur institutrice aura 400 Francs, son adjointe 350 Francs".
La salle d'asile d'un village proche (Haironville) possèdait le mobilier suivant :
- Une table-bureau sur un gradin,
- Un poële et ses accessoires,
- Un lit de camp à quatre places pour les petits.
Pour l'instruction:
- Deux alphabets peints au mur, un boulier avec ses broches recevant chacune dix boules en bois peintes, un tableau de lecture pour enfants, des ardoises, crayons, un catéchiste, un Christ, une statue de la Vierge.
Il y a parfois des litiges :
En 1856, Soeur Phylomène s'est mal conduite : elle a cueilli les fruits, arraché les légumes et les fleurs du vaste jardin mis à sa disposition. On a constaté que certains objets étaient dégradés, que d'autres avaient disparu...et elle a brûlé tout le bois réservé à la classe"... C'est ce que répond le Conseil Municipal au Préfet quand la congrégation réclame, par son intermédiaire, un salaire qui, en réalité, aurait déjà été versé.
En septembre 1871, la supérieure souhaiterait la création d'un troisième poste, car les deux soeurs sont dans un état extrême de fatigue. Les évènements récents (l'occupation prussienne) ont alourdi leurs diverses tâches... Mais la commune ne peut cependant pas subvenir à cette création.
Enfin, en 1876, il y a de "l'électricité" dans l'air entre l'institutrice (Soeur Thérèse) et l'instituteur... "On dit qu'elle est jalouse de ce dernier, qu'elle n'en fait qu'à sa tête et, même, présente des écritures fausses"... Le conseil municipal (sauf un membre) partage ces critiques, mais comment renvoyer Soeur Thérèse ?... Soeur Henriette lui emboiterait aussitôt le pas !... Insoluble !

Pendant deux cents ans, les religieuses ont fait partie de la communauté ; soignant les malades, aidant les miséreux, "torchant" les petits à l'asile en leur apprenant les rudiments de la vie.
On peut estimer qu'elles ont bien mérité la reconnaissance du village de Loisey.
En avril 1897, les deux dernières soeurs quittent l'école, et la municipalité demande la laïcisation de ces deux postes.

 

 


Témoignage pour institutrice de Loisey

Témoignage de satisfaction pour l'institutrice de Loisey daté du 3 novembre 1819.
(Archives Départementales de la Meuse réf. 27 T 1)

 

 

 

L'Ecole Normale d'institutrices dans le quartier de la Ville Haute à Bar-le-Duc au début du XXème siècle

 

 

 

 

 

V - Le XXème siècle.

Si le XIXème siècle se clôt à Loisey avec le départ des religieuses, on peut écrire que pour ce XXème siècle qui s'annonce, M. Jolibois, instituteur à Culey, nous offre une très belle image de sa vocation de maître : Pour l'exposition universelle de 1900, il rédige une plaquette intitulée :
"L'embellissement de la classe à peu de frais"
Il y résume ses études : formé à l'Ecole Normale pendant trois ans, il a travaillé la matière : le bois, la glaise, le fer pendant quatre à cinq semaines. Il est titulaire d'un certificat d'aptitude pédagogique. Ses collègues envient sa classe, propre, gaie, aux murs couverts de cartes et de tableaux synoptiques. Il a lui-même composé des tableaux de morale, de maximes agricoles ou antialcooliques.
Pendant les vacances 1898, il a construit une armoire-musée où il présente, entre autre, les boissons dangereuses : alcool, eau de vie, absinthe, mais aussi les boissons bienfaisantes : l'eau, la limonade, la bière, le vin, le lait...
L'ordre de son programme scolaire -affiché- est le suivant : morale, instruction civique, histoire, géographie, sciences, dessin, écriture, travail manuel...
Il a résolu le passage à la laïcisation en laissant en place le crucifix avec, au-dessus, cette maxime :
"Faire son devoir, c'est aimer Dieu !"
"De cette façon, précise-t-il, M. le curé, amené à dessein dans la classe, pourra difficilement dire que c'est une école sans Dieu !" Et il ajoute : "Autant de tranquilité gagnée et de tracasseries évitées !"
Son mémoire -entièrement manuscrit- se révèle un modèle de présentation, en particulier pour la qualité des dessins : Cela rejoint la qualité des plans établis en 1867.

 

Extraits du mémoire de M. Jolibois pour l'exposition universelle de 1900
(Archives privées A. Baillot)

 

 

Ecole de Culey 1900 - Présentation pour l'exposition universelle.

 

Ecole de Culey 1900 - Tableaux de morale.

 

Ecole de Culey 1900 - Tableaux de morale.

 

Carte du territoire de la commune de Culey.

 

Carte de la vallée et de ses trois villages.

 

Relevons quelques activités de cette époque qui paraissent assez étonnantes :
Une maîtresse qui enseigne en même temps des travaux à l'aiguille est payée 45 Francs, à Culey, pour l'année 1894, alors que l'instituteur de Loisey perçoit 60 Francs en 1899 avec son allocation supplémentaire à la chorale.
Voici plus surprenant : La création d'une société de tir scolaire dans chacune des deux communes de Loisey et de Culey.
A Loisey, en 1907, le maire refuse une subvention car "il y a danger dans le maniement des armes par les enfants..." Cependant, la chose se fait : dans le mobilier scolaire de Loisey, on trouve en 1908 : une carabine, trois fusils scolaires empruntés au 94ème Régiment d'Infanterie, un chevalet de pointage, et une cible...

Culey, qui conservera son école mixte jusqu'en 1972, tient, en 1906, à garder un instituteur qui serait soit disant "apte, plus qu'une femme, à enseigner l'agriculture"...
L'école de Loisey évoluera suivant les effectifs. Il y a maintenant une école mixte avec parfois, ajout d'une classe enfantine. Elle est dirigée par un couple d'enseignants mariés qui s'installe en 1898 et loge à l'école. "La solution du couple, écrit le maire en 1906, évitera les difficultés déjà rencontrés entre maître et maîtresse".
Sept ménages se succéderont ! M. et Mme Boiteux, les derniers titulaires qui résideront dans le logement de l'école, quitteront Loisey en 1969.
L'arrivée de l'électricité permettra l'acquisition, par l'école de Loisey, d'un appareil de projection cinéma et de 13 films en 1928 ; phonographe et disques arriveront en 1930.
Puisque l'électricité est installée, donnons un bref coup de projecteur sur ces "années 30" dont les anciens ont gardés des souvenirs précis : avec eux, évoquons les points marquants d'une journée d'école.
Les élèves les plus agés arrivent un quart d'heure à l'avance : les uns sont allés chercher le bois de chauffage au grenier, les autres ont préparé la classe.
Les premiers communiants ont eu cours de catéchisme à l'église, par le curé, soit une heure avant la classe, soit à la sortie de onze heures.
Il est huit heures, le maître donne le signal de l'entrée ! Observons l'ajustement de son béret : y aura-t-il de "l'orage" aujourd'hui ?... En rangs et en silence, on entre : inspection de la propreté, des mains (la recherche des poux se fera peut-etre tout à l'heure). La classe est mixte : tablier noir pour les garçons, blouse (souvent plus claire) pour les filles... Il n'y a pas de concours d'élégance !!!
Chacun, installé à son banc, écoute la leçon de morale ou d'éducation civique, puis la classe commence...
Le maître, en blouse grise, déambule dans la classe... attention aux bavards !
Puis, dans la matinée, il y aura la récré -piaillante-, bien sûr, qui se fait dans la cour là où, parfois, on fait la gymnastique.
On quittera à quatre heures de l'après-midi (sauf pour les éléves qui sont en retenue !).
Le maître, rentré chez lui, fera son travail de secrétaire de mairie dans sa cuisine...


La baisse de population, dans les villages de Loisey, de Culey et alentours, se poursuit au XXème siècle, jusqu'aux années 1950, là où le "baby-boom" apportera un supplément d'élèves significatif pendant plusieurs années.
Pour faire face à cette brusque augmentation d'enfants scolarisés, l'académie et la municipalité de Loisey décident au début des années 1960 de rajouter une nouvelle salle de classe aux deux déjà existantes. Elle sera construite en éléments préfabriqués au milieu de la cour d'école et restera en fonction jusqu'au milieu des années 1970. Elle sera ensuite entièrement démontée en 1980 pour faire place nette dans la cour, vue son inutilisation au bout de quelques années.
Un petit terrain de sport adapté aux enfants et attenant directement à la cour d'école fut également rajouté à la même époque.
Les principaux enseignants en poste à Loisey pour cette période furent les suivants :
- Mme Panot (Classe maternelle dans le préfabriqué)
- Mr Boiteux (CP, CE1, CE2)
- Mme Lirot (CM1, CM2, Classe de certificat d'études)


Nos villages ont eu la particularité d'assimiler, entre les deux guerres mondiales, une population immigrée importante, donnant une jeunesse souvent douée, toujours travailleuse : l'action des maitres y a été, trés certainement, déterminante.
Leurs récompenses, ils la trouvent dans les résultats obtenus au certificat d'études primaires passé à Ligny-en-Barrois par tous les élèves en fin de scolarité... Et quelle gloire pour l'instituteur, son école, ainsi que la famille de l'élève, lorsque l'un d'entre eux est déclaré premier du canton !
Jusqu'aux années 1970, le maître d'école, le curé, et le maire, seront les références respectées du village, chacun, à sa place, ayant la charge de la communauté... Puis les choses n'auront plus les mêmes mots... ni les mêmes valeurs...

 

 

La fête des écoles à Loisey en juin 1974 (Film muet super 8)
Cette fête s'était déroulée dans la cour d'école actuelle.
Remarquer la présence de la troisième classe supplémentaire qui avait été montée en préfabriqué et en plein milieu de la cour de 1960 à 1980, pour les classes de maternelle. La période faste de la scolarisation des enfants du "baby-boom". 

 



Ecole de Loisey 1935

 

 

 

Ecole de Loisey 1950

 

 

 

Ecole de Loisey 1955

 

 

 

Ecole de Loisey 1957

 

 

 

Ecole de Loisey 1959

 

 

 

Ecole de Loisey 1960

 

 

 

Ecole de Loisey 1971

 

 

 

Quelques objets courants parmi tant d'autres pour beaucoup d'écoliers d'école primaire du milieu du XXème siècle :
Le fameux pupitre deux places en chêne, à abattants, ouvrant sur le dessus, avec ses deux encriers en porcelaine remplis d'encre violette ; le plumier en bois avec le porte-plume et ses plumes "sergent-major" ; le "Livre Unique Dumas et Collin" qui a été trés en vogue dans les écoles de Loisey, mais aussi en France dans les années 1950 à 1970...

 

 

 

 

VI - Les années RPI : de 1984 à aujourd'hui

Une lente baisse d'effectifs scolaires, amorcée à la fin des années 70, et se poursuivant au début des années 1980 dans beaucoup de villages meusiens dont le nôtre en particulier, mais également ses alentours immédiats, amène l'académie de Nancy-Metz à suggérer une alternative aux villages proches l'un de l'autre : Loisey-Culey alors fusionnés, Salmagne, et Géry.
Il leur est donc proposé en 1984 de créer un RPI (Regroupement Pédagogique Intercommunal) dans le but de maintenir les classes primaires déjà existantes sur trois niveaux : deux classes à Loisey et une classe à Salmagne.
Loisey accueillerait la classe de maternelle petite et grande section ainsi que celle des cours moyens CM1-CM2. Salmagne aurait la charge de la classe CP-CE.
Le transport des élèves serait assuré par bus scolaire pour effectuer les navettes entre les quatre villages, et une cantine scolaire serait prévue pour les enfants restant le midi à Salmagne.
Cette proposition sera acceptée d'un commun accord pour toutes les communes concernées.
Et le conseil municipal de Loisey-Culey approuvera la création de ce RPI par délibération le 17 mars 1984.


Trois enseignants et une aide serons répartis entre les différentes classes pour la rentrée de septembre 1984 :
- Classe de maternelle petite et grande section à Loisey : Mme Gérard, assistée de Mlle Tixier.
- Classe de cours préparatoire et de CE1 - CE2 à l'école du Château à Salmagne : Mlle Droitcourt
- Classe de CM1 - CM2 à Loisey : Mme Paillard


Ce RPI montrera son utilité et fonctionnera trés correctement pendant de nombreuses années.
Mais en 2018, l'inspection académique décide de la suppression d'un poste d'enseignant sur les quatre du RPI...
La municipalité de Loisey propose alors à l'académie et aux communes concernées de regrouper ce RPI sur une seul site : un groupe scolaire à trois niveaux de classes et entièrement rénové à Loisey, Il devrait se faire rapidement dans le cadre d'un vaste plan d'investissement et de réhabilitation des bâtiments communaux centrés au milieu du village. Un accord a été conclu entre les municipalités et l'académie, et cette affaire est toujours en cours.

 

 

 

Une vidéo de la fête des écoles du RPI Loisey-Culey, Salmagne, et Géry en juin 1991.
Elle s'était déroulée à l'école du Château à Salmagne.

 

 



En conclusion, on peut dire que pendant trois siècles, nos maîtres d'école -hommes et femmes- ont bien travaillé.
Ils ont réussi à passer à travers des difficultés dont le présent essai ne donne qu'un trop bref aperçu!
Ils ont instruit et éduqué les générations qui se sont succédées autour de nos églises et de nos écoles. Ont-ils su qu'ils formaient, parfois, des élites ?
Ainsi, à Loisey, nous pouvons citer : Jean Alexandre Morel, inspecteur adjoint de l'Ecole Polytechnique, musicologue de renom au début du XIXème siècle.
Et à Culey : Gaston Génin qui, avec quelques grands comme Jean Mermoz, son ami, fut l'honneur de l'aviation civile française des années 193O.
Un jour, peut-être, pourra-t-on évoquer ces deux destinées particuliéres...
Alors, on se souviendra que ces hommes apprirent à lire dans les écoles de nos villages respectifs.


Bernard Thomas.

 

écoles de Loisey

L'école de Loisey et ses deux classes en 2019

 


 

Sources :

Archives Départementales de la Meuse :
E1 dépot 103
D1 dépot 222
E222 ARCI D 3-4
15 E 665
366 J
2 K 23
L 372
L 394
L 642
L 1798
L 1799
2 O 343
Q 169
7 T 1
27 T 1
29 T 1

Archives de la Mairie de Culey :
- Documents divers
- Délibérations du conseil municipal

Archives de la Mairie de Loisey :
- Documents divers
- Délibérations du conseil municipal

Recueil des actes administratif de la Meuse

Médiathèque de Bar-le-Duc :
- Pouillé scolaire n° 30228 - 30229 - (1882) L. Maggiolo
- Société des Lettres de la Meuse 1932 (M. Jolibois)
- Référence : 74074
- Affiche non cotée

Collection de M. Baillot

La Lorraine au XVIIIème siècle - Cabourdin

Souvenirs d'anciens.

Photos et vidéos familiales privées.



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Ecole de Loisey 1984 - maternelles petite et grande section
Première année du RPI

 

 

Ecole de Loisey 1985 - Classe des cours moyens du RPI

 

 

Ecole de Loisey 1988 - Classe des maternelles du RPI